1. L'esprit frappeur de Noël


    Datte: 04/01/2026, Catégories: nonéro, #délire, Auteur: Pitziputz, Source: Revebebe

    ... ailleurs. Je m’en vais, je te quitte.
    
    Elle était debout et lui regardait la télévision, longtemps, et sans réagir à l’essai d’anthologie qui venait d’être marqué. Après une très longue minute, il reprit sa respiration.
    
    — Je vois.
    
    Elle repéra immédiatement sous son œil le petit muscle spasmodique qui trahissait sa tension. Lorsqu’elle avait perdu leur unique enfant, plusieurs années auparavant, après quelques semaines de grossesse seulement, il avait eu le même spasme pendant des mois.
    
    — Je suis désolée. J’ai passé avec toi les plus belles années de ma vie et la dernière chose que je voudrais est de te faire du mal.
    
    C’était pathétique comme réplique, mais elle n’en avait pas trouvé de meilleure.
    
    — Reste si tu es désolée !
    — Je ne peux pas. Nous sommes au bout de notre histoire depuis longtemps, tu le sais. Nous ne faisons même plus l’amour.
    
    Il ne disait rien, les yeux à nouveau fixés sur le match dont il avait ôté les commentaires.
    
    — Alors si tu ne peux pas…
    — Pierre, j’aimerais que tu me regardes, s’emporta-t-elle. J’aimerais une réaction de ta part.
    
    Il éteignit la télé ; l’arbitre venait de siffler la mi-temps. Il se leva.
    
    — Que puis-je faire si tu as décidé de partir ? Je te demande de rester et tu me dis que tu ne peux pas.
    
    Il était livide et calme. Sans trop savoir pourquoi, elle l’enlaça et lui donna une bise amicale. Après tout, cela faisait tellement longtemps qu’ils n’étaient que des amis.
    
    — Je souhaite que tu y réfléchisses et, ...
    ... si tu changes d’avis, la maison sera là et la porte ouverte. Où comptes-tu aller ?
    
    Elle était écœurée par tant de gentillesse comme après avoir mangé trop de sucreries faciles. C’était injuste et méchant, mais c’était ainsi.
    
    — Je vais chez ma sœur. Je reviendrai chercher mes affaires dans la semaine.
    
    Il se rassit, la tête entre ses mains.
    
    — Garde ta clé !
    
    Elle avait pris son sac à main, enfilé son manteau et s’en était allée avec sa valise verte. Pierre avait en somme accueilli la nouvelle comme tout dans sa vie, avec amabilité et discrétion, et sa grâce lui avait interdit de manifester ouvertement de la colère ou de la tristesse et c’était peut-être le pire.
    
    Les premiers jours, Rebecca fut engourdie. Les jours suivants, elle fut triste, surtout après que sa meilleure amie lui a dit que Pierre refusait les invitations et paraissait déprimé. Il ne lui téléphona pas et ne prit pas de ses nouvelles, du moins, pas directement. Mille fois, elle voulut l’appeler, mais se ravisait au dernier moment, certaine qu’elle avait fait le bon choix. Elle se convainquait qu’en restant muette, elle évitait de se montrer cruelle.
    
    Et puis, ce fut la période de Noël. Elle avait croisé Pierre une seule et unique fois en ville et il l’avait saluée sans animosité en lui souhaitant un joyeux Noël. C’était pire qu’un coup de poignard dans l’estomac parce que le petit muscle de son œil battait toujours.
    
    Alors, la perspective des fêtes lui était apparue soudain insoutenable. Elle ...
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