1. L'esprit frappeur de Noël


    Datte: 04/01/2026, Catégories: nonéro, #délire, Auteur: Pitziputz, Source: Revebebe

    Rebecca se battait avec sa valise, la verte un peu souple, sa préférée. Ce n’était pourtant qu’en arrivant dans le hall des départs qu’elle s’était souvenue que l’une des roues avait cassé lors de son dernier voyage, oubliant qu’elle s’était promis de la faire réparer. Elle soupira ; pas grave, elle allait la tirer sur ses deux roues avant plutôt que sur les quatre se figurant que ce n’était certainement pas le sujet le plus bancal de sa vie. Elle se dirigea vers la sécurité ; elle avait pris soin de mettre ses produits de beauté dans des sachets transparents et, si elle avait un petit doute à propos du gel après-soleil de cent dix grammes, il fut vite dissipé lorsque l’employée le sortit de la valise d’un air accusateur et un peu jubilatoire. Qu’à cela ne tienne, Rebecca l’offrit galamment au personnel de l’aéroport et s’en fut la tête haute en direction du Duty free.
    
    Elle avait acheté en ligne, et sur un coup de tête, ce voyage last minute vers les îles en cette veille de Noël et s’épatait elle-même de son audace.
    
    Le mois passé, elle avait quitté Pierre.
    
    Son mari était l’homme le plus merveilleux et le plus tiède que la terre n’ait jamais porté. Il lui offrait de merveilleux cadeaux à son anniversaire et à Noël et la dispensait des tâches ennuyeuses. Il rangeait la vaisselle dans le lave-vaisselle, refaisait le lit le matin, emmenait sa voiture au garage, le tout d’une humeur égale. Leurs conversations, au fil du temps, étaient devenues utilitaires : « Tu as pu ...
    ... aller au pressing ? ». Ils prenaient des vacances ensemble qu’il organisait en lui demandant, pour la forme, si cela lui convenait. Sur la plage, elle lisait, tandis qu’il lisait aussi, chacun sur son transat. Et c’était tout. Depuis plusieurs années, leurs moments d’intimité se résumaient à un samedi par mois, sans passion et sans un mot. Elle n’en pouvait plus.
    
    Alors, un samedi chaste de plus de cette fin du mois de novembre, elle avait jeté l’éponge. Elle voulait de l’amour. Elle voulait du sexe. Elle voulait se sentir jeune et désirable. Elle s’était habillée de sa robe mauve un peu moulante, celle qui lui faisait un beau corps, mis du fard sur les yeux et du rouge à lèvres et frappé à la porte de la pièce dans laquelle Pierre s’était retranché pour suivre le match de rugby.
    
    — Tu frappes maintenant, c’est nouveau, lui dit-il après lui avoir ouvert. Je pensais que c’était la femme de ménage.
    — Non, ce n’est pas la femme de ménage qui ne vient pas le samedi. Je suis venue te parler.
    
    Rebecca respirait de manière saccadée, perdant peu à peu son sang-froid.
    
    — C’est urgent, tu es malade ? Est-ce que cela peut attendre la mi-temps ?
    
    Son regard était rivé sur le poste.
    
    — Je peux sans doute attendre la mi-temps.
    
    Elle s’apprêtait à quitter la pièce quand il la regarda enfin.
    
    — Y a quelque chose de grave ?
    — Non, pas comme tu l’imagines.
    
    Elle avait senti son soulagement.
    
    — Je vais m’en aller.
    — Ah OK. Tu pars en ville ?
    — Pas en ville. Je vais vivre ...
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