1. Policdy


    Datte: 03/01/2026, Catégories: nonéro, #personnages, Auteur: Pitziputz, Source: Revebebe

    ... elle-même. Elle est heureuse de ma compagnie. Elle m’explique qu’elle a hérité cette maison de ses parents, mais qu’elle n’est pas sûre de la garder. Elle habitait dans le Lincolnshire, près de Grimsby. Il y avait plus d’activités. Elle est impressionnée par le fait que je sois journaliste. Elle m’explique qu’elle aurait bien aimé écrire et je l’encourage à le faire.
    
    — Vous avez des plans pour la journée ? me demande-t-elle. Aujourd’hui, il ne pleut pas. Vous devriez en profiter pour aller marcher sur les falaises.
    — Je pensais écrire un peu, mais marcher me fera du bien.
    — Allez jusqu’à la pointe, il y a un pub. Vous y serez tranquille. Vous demanderez à Trevor de vous raconter le secret de l’endroit.
    
    Ma curiosité piquée, je me mets en route sans plus attendre. J’ai acheté un de ces Barbour de pêcheur, en toile huilée, et suis fin prêt à affronter les intempéries.
    
    Effectivement, dans la partie la plus septentrionale de l’île, se niche une auberge à la façade fouettée par les vents.
    
    Après quelques heures de marche, partiellement sous une pluie battante, j’étais soudain l’un de ces voyageurs, un peu déprimé, un peu égaré, en quête de beauté et prêt à percer le mystère du lieu. L’intérieur, vaste, était obstrué par un mobilier dépareillé à l’esthétique un peu douteuse. Je pris place dans un recoin stratégique d’où je pouvais dévisager, écrire et siroter à mon aise un cidre puissant en goût et d’une âpreté qui ne me surprenait guère.
    
    Derrière le bar en bois ...
    ... brûlé, le tenancier, le fameux Trevor, était un colosse taciturne. À gauche, un jeu de fléchettes ; à droite une table taillée dans un tronc de guingois. Plus loin, un couple. Ceux-là étaient perdus, à coup sûr. Le cheveu en bataille et le ciré mouillé, ils avaient l’air hagard.
    
    Au début, je mis leur silence sur le compte de l’épreuve des intempéries, mais, au fil du temps, je pris la mesure de la vacuité de leur relation. Elle, le corps un peu empâté, grignotait son plat en regardant la table, tandis que lui, pas plus séduisant, lapait sa bière à petites gorgées. Je les observais sans baisser les yeux pendant plus de dix minutes. Pas un mot échangé. Elle était transparente, il était résigné. Même le chien, à leurs pieds, semblait démoralisé. Je m’interrogeais sur le sens de la vie, la fatalité qui rend l’amour insipide, lorsqu’un mouvement très confidentiel, attira mon attention.
    
    Comment ne les avais-je pas remarqués ? Un homme et une femme. Pas jeunes, pas vieux, assis très près autour d’une table basse en demi-lune sur une banquette aux coussins bleus.
    
    Eux non plus ne se parlaient pas. Il la regardait, elle le voyait. L’échange était silencieux, mais pas muet. Un frôlement de doigt, tumultueux… une goutte de sueur. Un sourire furtif. Une main en mouvement, imperceptiblement, une nuque un peu penchée. La femme fermait les yeux quelques secondes et les ouvraient à nouveau, voilés, le regard tourné vers l’intérieur.
    
    Je les épiais, fasciné. Déprimés ou égarés ? Le ...