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Ne jamais désespérer
Datte: 06/04/2025, Catégories: fh, hplusag, jeunes, extracon, voisins, campagne, rencontre, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
... moins, car les locataires changeaient sans arrêt, de jeunes citadins avec la bougeotte qui espéraient que la vie était plus « cool » dans nos villages de l’arrière-pays. Mes espoirs de retrouver le goût de la chair étaient ailleurs. J’avais pour voisins un couple de jeunes retraités qui s’étaient installés à peu près en même temps que moi dans la commune. Elle, je la voyais étendre son linge ou ramasser les haricots verts dans le jardin, elle était plutôt gironde, bien conservée, coquette. Lui était un vrai con et Christine, sa femme me disait souvent qu’elle s’ennuyait, me demandant comment je trouvais à m’occuper toute la journée dans un endroit où il n’y avait rien à faire. Que pouvais-je lui dire ? Je marchais beaucoup et lisais de longues heures chaque jour. Je ressassais le passé. Je ne m’occupais pas vraiment. Quand nous conversions, ce qui arrivait assez souvent, car nos jardins étaient contigus, je la fixais autant que possible afin qu’elle comprenne que mon regard exprimait du désir, mais elle était si loin de cette idée que pas une fois elle n’a semblé comprendre mon attente. Elle papotait, femme stupide, enchantée d’avoir un voisin pour l’écouter. Il est vrai que Jean-Luc, le mari, semblait en avoir assez de l’entendre. J’avais une réplique toute prête et je n’attendais que le moment propice pour la sortir : « Si tu t’ennuies, prends un amant. » Mais le moment ne venait pas ou c’est moi qui n’osais pas, qui me disais que rien n’arriverait jamais dans ce ...
... trou où tout le monde espionne tout le monde. Voilà. Il n’y a pas grand-chose de plus à dire jusqu’à ce soir où Lucie est venue frapper à ma porte. Lucie, l’ange survenu au fond de la nuit noire pour me redonner le goût de vivre. Donc, un soir, j’étais dans mon fauteuil, à côté de mon poêle. Je lisais Salammbô, un mauvais livre, mais lorsqu’on est revenu de tout, les mauvais livres ont un goût particulier qui n’est pas si désagréable. Il faisait nuit depuis longtemps, il était tard et le silence dans le village était complet. Seul le vent du Nord brisait la consigne et hurlait dans les grands arbres. On a tambouriné à ma porte, pas juste frappé, mais tambouriné comme lorsqu’ensuite on entend : « Police, ouvrez ! ». Mais ce n’était pas la police. Quand j’ai ouvert la porte, Lucie se tenait sur mon seuil, vêtu d’un simple tee-shirt un peu long, nu-pieds, le nez saignant et du mascara dégoulinant sur ses joues rouges. — Laissez-moi entrer ! hurla-t-elle. Je vous en supplie, laissez-moi entrer ! Et comme je m’effaçai pour lui laisser le passage, elle bondit à l’intérieur. — Fermez la porte ! continua-t-elle. Fermez à clé, il va me tuer ! Il est fou, il va me tuer ! Je jetai un œil dans la ruelle, mais le vent du Nord y galopait tout seul. Quand je me retournai après avoir fermé soigneusement la porte comme elle me l’avait demandé, je la trouvai debout à côté du poêle, tremblante et secouée par les pleurs. J’eus un instant d’arrêt pour profiter du spectacle. Elle ...