-
Ne jamais désespérer
Datte: 06/04/2025, Catégories: fh, hplusag, jeunes, extracon, voisins, campagne, rencontre, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
Je voudrais que ceux qui désespèrent trouvent dans mon témoignage la force de continuer, parce que dans notre monde ubuesque, où le destin nous mène par le bout du nez quand nous croyons faire des choix, tout est vraiment possible. Cette histoire, parmi d’autres, le montre. C’est justement quand on croit que plus rien ne peut nous arriver que l’incroyable se produit. J’étais un homme fini, sans famille, sans travail et j’habitais le trou du cul du monde. Pourtant, j’avais eu auparavant une vie citadine, enviable, occupant un poste à responsabilités dans une grande entreprise, possédant un appartement où vivaient ma femme et mes enfants. Mais à la cinquantaine, un salarié, tout le monde le sait, est au bout du rouleau. Il coûte cher à son employeur et il est plus ou moins incapable de s’adapter à de nouvelles conditions de travail. Le monde change et il a du mal à le comprendre. Ma situation dans l’entreprise était celle d’un poids mort dont il s’agit de se débarrasser à la première occasion, mais je ne le savais pas. Ma situation familiale était à peu près la même et, là non plus, je ne voyais rien. Ma femme a rencontré un autre homme et nous nous sommes séparés en quelques semaines. C’est moi qui lui ai présenté son amant. C’était un collègue avec qui je m’entendais plutôt bien. On riait aux mêmes blagues, on jouait au squash ensemble, et un soir, j’ai retrouvé ma femme dans un café près du gymnase et j’ai proposé à ce type de boire un verre avec nous. Elle a ...
... aimé son humour, ses épaules larges, et je n’ai rien vu. Lui ne m’a rien dit. Il ne m’a rien dit non plus concernant ma situation dans la boîte. Il savait qu’on allait me virer et il a continué à blaguer devant la machine à café. Bref, j’ai tout perdu. Je n’ai pas voulu vendre l’appartement, je l’ai laissé à ma femme. J’avais cette vieille maison de village, perdue dans un petit village de la Drôme, héritée de ma grand-mère et j’ai fui. Je ne voulais plus la voir, lui parler. J’avais honte devant mes enfants. Je n’étais pas prêt à me battre pour retrouver un emploi. C’est donc en homme vaincu que j’ai atterri ici. Un tout petit village, moins de deux cents habitants, que des vieux ou presque, pas d’enfants, pas d’école, pas de commerces. Ce n’est pas un lieu pour se reconstruire et ce n’est pas ce qui s’est produit. Je suis resté le même que celui qui a débarqué dans la maison avec deux valises il y a un an et demi, aussi sombre, aussi seul. Lucie, je la rencontrais régulièrement dans la rue principale. On se croisait, elle me disait bonjour avec le sourire et je baissais le nez pour ne pas regarder ses petits nénés qui s’agitaient sous ses tee-shirts. Lucie avait un peu plus de vingt ans et était belle comme un soleil. Il y avait une colocation dans le village, une vieille maison mal entretenue qu’un paysan du coin louait sans vergogne pour un millier d’euros par mois. La maison était grande et un nombre indéterminé de jeunes y vivaient… dont Lucie, cette année-là du ...