1. Cœur de cible


    Datte: 05/03/2025, Catégories: f, fh, ff, amouroman, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... La costumièreen chef de ta boîte ? demande-t-elle perfidement.
    
    Hey, c’est qu’elle rebondit vite fait, la salope !
    
    — Maria Grazia Chiuri, une amie, accessoirement stylisteen chefde la Maison Dior. Elle va… hurler de rire, Maria !
    
    Poum, prends ça dans les dents. Là, j’ai touché le cœur de la cible. Elle encaisse difficilement le coup, la madone de Riga, et lisse nerveusement sa robe sur ses cuisses. Et puis d’abord, non, rien ne m’oblige à lui dire que Maria Grazia me prête cette sublime toilette.
    
    — C’est la robe que je porterai le mois prochain à Monte-Carlo pour le Gala d’ouverture du Festival de Télévision. Et si tu crains pour ma pudeur, sache que mon décolleté sera largement couvert par une magnifique rivière de diamants de chez Boucheron. Prêtée, je te rassure.
    
    … /…
    
    La suite du repas s’est déroulée dans une ambiance style début de fin de Guerre Froide. J’ai rangé mes Pershing II, elle, ses SS20 et Olivier a joué la Glasnost. Sans grand succès. Quelques piques sournoises ont encore fusé de part et d’autre, mais personne n’a tenté la mise à mort. Je me suis éclipsée au dessert, refusant le café. J’étais bien assez énervée comme ça !
    
    Putain de sale journée : colère du matin, chagrin, colère du soir, désespoir !
    
    Tout m’agace : ma carte du parking souterrain qui m’échappe des mains et tombe dans la rigole où je me coince un talon dans une grille, l’ascenseur qui met trois plombes à arriver, un soûlographe qui entre dans la cabine au premier, ressort au ...
    ... troisième en appuyantpar mégarde sur le bouton « Parking » ! Et comme ce couillon de lift est visiblement Alzheimer, j’ai droit à une redescente aux catacombes avant de remonter.
    
    Enfin arrivée à bon port, je découvre Trudie, assise par terre, affalée contre ma porte, jambes écartées tendues devant elle, jupe troussée au raz de la cigale. Elle dort.
    
    Mais qu’est-ce qu’elle fiche ici ?
    
    Léger coup de pied sur sa jambe, elle se réveille et relève la tête. Cata : son rimmel a coulé, ses yeux sont si noirs qu’on a presque l’impression qu’ils sont clos, des traces noirâtres marbrent ses joues où se mêle une coulure de sang aussi, me semble-t-il. De toute évidence, pour elle non plus, ça n’a pas été le grand soir !
    
    Je l’aide à se relever, l’invite d’un geste à entrer.
    
    — Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? C’est quoi ce sang ?
    — Oh ça, t’inquiète, ce n’est rien. Je me suis cognée…
    
    Elle a vraiment une sale tronche la Vénus yeux mi-clos, les bras m’en tombent. Oui, je sais, elle est facile celle-là, mais ça me fait rigoler, moi, les jeux de mots ringards. Je n’ai pourtant pas le cœur à rire, mais du coup, j’ai l’impression d’avoir touché le fond, un coup de patte, et là, je remonte un peu vers la surface. Bon, bref, j’assieds Trudie dans le canapé.
    
    — Tu sais, je n’étais pas censée rentrer cette nuit. T’as du bol… enfin, si je puis dire ! Ta soirée n’a pas été flamboyante, si je comprends bien…
    — Non, c’est le moins qu’on puisse dire ! Et si je comprends bien, ça ne ...
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