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Note
Datte: 04/03/2025, Catégories: fsoumise, portrait, poésie, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
Je ne vous ai jamais parlé de moi. Oh ! Non, ne souriez pas, je vous en prie. Ne gloussez pas, ne me railliez pas, car si vous vous délectez à suivre mes aventures, soyez franc, soyez honnête. Parlons-en. Vous m’avez vue dans l’entrelacs des corps en fougue. Vous m’avez prise, vous m’avez aimée gourmande, insatiable. Goulue. Vous aimâtes également que je libérasse votre part animale, que je fusse l’ombre qu’on malmène, la chair qu’on aspire. La bouche que l’on visite. Vous ne lâchiez ni la proie ni l’ombre. Reclus dans votre petit enclos privé, vous aimez brandir votre sexe ou doigter votre entrecuisse. Gicler pour la salope, insulter la putain. Maman dort dans la pièce contiguë ou prépare la gamelle du lendemain. Et puis vous m’avez cherchée. Dans les parcs, dans les stations. Et puis vous m’avez trouvée. Et puis vous m’avez baisée. D’ombre fantasmatique, je suis devenue réalité dans la pénombre. Étiez-vous de ceux pour qui une nuit durant j’ai œuvré, sans répit ? Sans relâche. Passiez-vous dans ces jardins des villes où l’on se partageait mon corps ? Ou peut-être êtes-vous un des habitués de cette salle obscure, de cet attroupement anthropomorphique et sombre où les chairs et les corps m’avilissent à loisir quand je me ravilis avec plaisir ? Êtes-vous celui-là qui sortit son engin tout contre le tissu de ma robe si courte dans cette foule amassée dans les wagons chaotiques du métropolitain ? M’avez-vous observée en inconditionnel voyeur, étiez-vous de ceux-là qui ...
... plus que de me toucher me couvraient de ce sabir salace, de ces mots injurieux qui libèrent la horde monstrueuse qui se tapit en vous ? Non, la liste n’est pas exhaustive, non, je ne vous convoque pas à la barre du tribunal de ma vengeance. Non, vous n’en êtes pas au jugement dernier. Mais qui, qui de vous pourrait sans mal peindre mon corps sur une toile ? Qui garde en lui ma photographie ? Que quelqu’un se lève ! Personne ?! Donc, je veux vous parler de moi. Si mon corps était, est et sera l’instrument de mon plaisir, il convient donc naturellement que je vous en parle. Vous connaissez sans doute mon goût pour l’art, pour les jolies choses. Pour le bien-être. Les belles pierres, l’architecture religieuse comme les baies vitrées des gratte-ciel me sont un agrément, un attrait, une beauté pareillement aux routes ombragées et aux aéroports, aux gares européennes. La littérature, les Grands Cafés, la randonnée pédestre. Paris, la nuit. Voilà de la bienfaisance et de l’élégance. Sans conteste. Mais au plus profond de votre cerveau archaïque, vous imprimez mes talons aiguilles, mes jambes en maille résille, le delta visible de mes seins, ma bouche outrageusement rouge, mes doigts agiles. Le balancement isochronique de mes hanches. Mais vraiment, je me répète, pouvez-vous me peindre ? Est-ce que semblablement à la victime derrière la vitre fumée, vous sauriez me dissocier des dix autres tueuses alignées ? Je suis la conjonction de vos fantasmes, la résultante vivante ...