-
L'expérience Cassandre
Datte: 07/12/2024, Catégories: cérébral, nonéro, sf, Auteur: Alfafa, Source: Revebebe
Plus rien… Le trou de mémoire… Amnésie complète… Où étais-je ? Et qu’est-ce que je faisais là ? J’essayais de me rappeler, mais… pas le moindre souvenir… rien… Qu’est-ce qui m’était arrivé ? Même mon nom… mon âge… Amnésie complète… J’étais une femme. Une femme rousse, d’après les longues mèches qui ondulaient quand je tournais la tête. Et une femme avec de gros seins, aussi. Ça, il n’y avait qu’à baisser le regard pour en juger. Et puis, c’était… lourd… Pour le reste, il allait me falloir un miroir. À moins que… dans mes poches ? Je cherchai au jugé le long de mes hanches. Mais c’était une robe, que je portais, et sans poches. Ou bien dissimulées. Mes hanches… un peu rondes… larges ? Non, pas tant que ça. Je fis quelques pas, alerte ; et j’en appris un peu plus. Mon âge, plutôt jeune, apparemment. Et mon poids, dur à dire, mais à part cette trop lourde poitrine, j’avais l’impression d’être prête à courir des kilomètres. Une étrange pensée… Ce n’était pas la première fois que j’étais une femme. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Impossible de lutter contre cette impression fugace… Je l’avais déjà été plusieurs fois. Pas la première fois non plus que je ne me rappelais pas comment j’étais arrivée là. Toutes ces pensées qui s’écrasaient l’une l’autre… Non, au contraire, même, c’était plutôt courant. Ni la première fois que je ne me souvenais plus de pourquoi j’étais là. Et rien, pas de sac, pas d’affaires. Tout juste une montre, faite d’un bracelet argenté surmonté d’un ...
... cadran où deux aiguilles fines se faisaient face. Et une bague, un anneau doré, à l’annulaire de la main gauche. Une alliance ? Et est-ce que ç’aurait été la première fois que j’étais mariée ? Ha ! Le regard de l’homme que je venais de croiser ! Le mouvement réflexe rapide de ses yeux, d’abord, puis la lueur soudaine, et l’intensité fugace du demi-sourire carnassier avec lequel il m’avait contemplée, et finalement ce glissement furtif vers ma poitrine. L’homme était jeune, séduisant ; il paraissait sûr de lui. Ça en disait long sur moi. Je lui avais rendu son regard, mais ne m’arrêtai pas de marcher. La vitrine, à quelques mètres. J’avais hâte de me voir, de me regarder. J’étais dans une ville. Assez grande, semblait-il. Il y avait du monde sur les trottoirs. Deux autres personnes s’avançaient vers moi. Un couple. Plus ou moins discrètement, l’homme me dévisagea ; sa compagne ne le vit pas, ou fit semblant de ne pas le voir. Et à côté des trottoirs, des voitures, plein, presque arrêtées, bruyantes, embouteillées. Au-dessus, des panneaux publicitaires me vantaient du shampooing dans une langue inconnue. La vitrine, enfin. Je m’immobilisai pour faire semblant de jeter un œil sur les babioles présentées. Ce devait être quelque chose comme un magasin de souvenirs. La lumière d’un soleil rasant coupait la vitre à mi-hauteur, et j’avais du mal à voir mon visage. Mais l’ombre des immeubles obscurcissait le bas de la devanture. Je me baissai quelque peu, comme pour observer ...