1. L'essayer, c'est l'adopter


    Datte: 05/12/2024, Catégories: fh, couleurs, asie, amour, mélo, rencontre, amouroman, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... devrait pas perdre d’argent ni de productivité. Il faut intervenir.
    — Intervenir ou fermer…
    — Vous n’y pensez pas. C’est cent soixante-quatorze emplois dans une région déjà très touchée…
    — Peut-être, mais… C’est le groupe qui porte Charleville à bout de bras. Cette usine, à elle seule, mange un tiers des bénéfices produits par les autres. Si j’avais un conseil d’administration avec des actionnaires, l’affaire serait entendue.
    — Ce n’est pas possible, il y a sûrement des causes à cette situation. Il faut aller voir ce qui s’y passe.
    — C’est juste. Donc vous partez lundi. D’ici là, vous êtes en congés. Vous verrez, Charleville ce n’est pas la Riviera !
    
    En effet. Mais de toute façon, je n’avais pas le temps de regarder « un ciel si bas qu’un canal s’est perdu », ou pendu, ou les deux. L’usine aussi était grise, presque noire, et redoutablement bruyante. Glaciale également, avec des courants d’air partout. Je venais de voir une usine qui travaillait pour l’aéronautique, plutôt agréable, même si le façonnage de pièces métalliques est inévitablement bruyant. Là, ça dépassait tout. Et puis de larges portes grandes ouvertes à tous les vents, des norias de chariots dans tous les sens, rentrant de la boue et des gaz d’échappement, des ouvriers courant d’une machine à une autre cinquante mètres plus loin… Bref, une désorganisation totale, effrayante. « Cauchemar en usine », une prochaine émission de télé-réalité ! Et personne ne s’en souciait vraiment, car, compte tenu de ces ...
    ... conditions, les bureaux étaient dans une maison à l’écart où l’on retrouvait dans des pièces confortables et silencieuses tous les services nécessaires, mais aussi les chefs de production et quelques personnes de la maîtrise, en costume-cravate, qui n’avaient rien à faire là. Sauf que les bureaux représentaient une sorte de paradis, de Saint-Graal couronnant une fin de carrière réussie. Je passais une semaine épuisante dans l’usine, une autre semaine dans les bureaux. J’avais trouvé logement comme à mon habitude dans une chambre et table d’hôtes, chez une petite mamie qui cuisinait comme un chef. Elle aurait pu engraisser les oies dans le sud-ouest ! Donc le dîner et le solide petit-déjeuner proposés me suffisaient amplement. Je continuais donc de bosser pendant la pause méridienne et m’enquis auprès des secrétaires, le second jour, du pourquoi tous ces messieurs en cols blancs disparaissaient vers midi et ne réapparaissaient bruyamment que vers quinze heures.
    
    — Déjeuner d’affaires, me répondirent-elles avec un petit sourire.
    — Mais de quelles affaires, je n’ai pas vu arriver le moindre client ce matin ?
    — Ah ça…
    
    L’examen des comptes montrait une ligne « Frais de réception » ahurissante, et les archives prouvaient qu’elle était régulièrement explosée. Comme le comptable était du lot, il essaya vaguement de justifier :
    
    — Par les temps qui courent, vous savez, les affaires sont très difficiles. Il faut en voir du monde pour décrocher le moindre marché. Mais, vous avez ...
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