1. Entre parquet et barreau


    Datte: 19/06/2024, Catégories: fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... était préférable de rester sur un point positif plutôt que s’enliser dans des discussions stériles avec la victime qui aurait argué de sa terreur au moment des faits pour modifier sa version. L’avocate avait préféré appeler à la barre le témoin suivant. En l’occurrence, une élégante jeune femme.
    
    — Madame Schwantzer, connaissez-vous l’accusé ou la victime ?
    — L’accusé, absolument pas, la…victime, pas directement.
    — Pas directement ?
    — Non, je ne l’ai jamais rencontrée mais elle nous a pourri la vie à mon compagnon et moi-même !
    
    Alors que l’avocat de la plaignante s’est levé d’un bond pour protester, le Président appelle la jeune femme à modérer ses propos.
    
    — Votre… compagnon ? demande Tamara en guettant du coin de l’œil le banc de la partie civile.
    — Frédéric Langeais
    
    Tamara jubile : à l’énoncé de ce nom, la demandeuse s’est empourprée, elle s’agite, protesterait si son conseil ne l’arrêtait. Lequel obtient le droit de s’entretenir avec sa cliente : conciliabules animés pendant quelques instants.
    
    — Monsieur le Président, je proteste, ce témoin, indirect, ne pourra rapporter que supputations personnelles et on-dit sur une affaire sans lien avec celle qui nous intéresse. Je demande…
    — Nous allons voir par nous-mêmes !
    
    S’adressant à Tamara, le Président Charton prévient sèchement :
    
    — Maître Paixcœur, je vous enjoins à en venir rapidement aux faits !
    — Absolument, Monsieur le Président. Madame Schwantzer, pourquoi Monsieur Langeais n’est-il pas lui-même ...
    ... présent à l’audience ? C’est fort regrettable !
    
    Fort regrettable ? Tu parles ! S’il avait pu être présent, l’avocate aurait dû porter son nom sur la liste des témoins de la défense, nom qui aurait attiré l’attention de Marie Magnère et permis à son défenseur de fourbir ses armes. Mais là, surprise totale !
    
    — Mon compagnon a subi, pardon, je devrais dire, bénéficié d’une greffe de cœur il y a six jours. Je ne suis d’ailleurs pas loin de dire qu’il doit ses problèmes cardiaques à…
    — Alors, ne le dites pas, intervient sèchement le Président Charton.
    
    Compatissante, Tamara présente des vœux de prompt rétablissement.
    
    — L’opération s’est très bien passée, merci. Maintenant, concernant Marie Magnère : il faut savoir que cette dame intervenait épisodiquement dans l’entreprise où travaille mon compagnon, pour des séances de massages et de relaxation aux employés. Elle a accusé Frédéric d’exhibition et de harcèlement sexuel. Après avoir vainement tenté d’abord de le faire chanter, elle a porté plainte mais l’enquête de police a fini par prouver de manière irréfutable que ces accusations étaient totalement fantaisistes et infondées. Le juge qui instruisait l’affaire a finalement prononcé le non-lieu et clos le dossier. Mais cette histoire nous a pourri la vie pendant huit mois et la plainte déposée contre elle pour dénonciation calomnieuse est toujours en cours d’instruction : ça traîne depuis deux ans…
    — Merci, madame, pour votre intervention. Une toute petite chose encore ...
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