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Les fantasmes de Lucie (1)
Datte: 18/03/2024, Catégories: En solitaire, Auteur: Exorium, Source: Hds
Ça vit un fantasme. Ça naît. Ça prend son essor. Ça comble son ou sa « propriétaire ». Trois jours. Ou trois semaines. Ou trois mois. Et puis ça s’étiole. Ça s’épuise. Ça disparaît. C’est remplacé par d’autres qui, à leur tour…Il y a ainsi une foule de fantasmes dont on perd jusqu’au souvenir de les avoir un jour caressés avec passion. D’en avoir fait, pendant un certain temps, un usage quasi quotidien. Et c’est dommage. Parce qu’ils nous parlent de nous, nos fantasmes. De ce qu’on est, même si on ne le voudrait pas toujours. De ce qu’on a été. De ce qu’on se refuse parfois à être pleinement. De ce qu’on redeviendra peut-être. Ils sont, pour ainsi dire, notre patrimoine personnel. Un patrimoine qu’il est de notre devoir de préserver. Au même titre que les autres. C’est pourquoi j’ai décidé de tenir dorénavant, aussi méthodiquement que possible, le journal de mes fantasmes. Dans la plupart des histoires que je me raconte, on me corrige, on me fesse, on me fouette à qui mieux mieux. On me fait subir mille avanies. On me soumet à des interrogatoires humiliants. On fait preuve d’une imagination débordante pour m’amener, vaincue et repentante, à la raison. Soyons clairs : ce sont des comportements qui, dans le monde réel, sont parfaitement inacceptables. Et condamnables. Mais le fantasme nous projette dans une autre dimension. Et si je m’abandonne d’aussi bonne grâce, et en y prenant un incontestable plaisir, à ce qu’on y exige de moi, c’est qu’en réalité, c’est moi qui ...
... mène le jeu. Mes « bourreaux » ne m’imposent que ce que je décide qu’ils m’imposent. Que ce qui me convient à moi. C’est aussi que les coups, aussi violents soient-ils, ne sont que virtuels. Qu’ils ne laisseront pas la moindre trace. Ni sur le corps ni sur l’esprit. Deux « filons » alimentent principalement mes « imaginations »D’abord, bien évidemment, la vie quotidienne. Il peut suffire d’une phrase anodine, d’un regard croisé par hasard, dans la rue ou ailleurs, pour que la machine se mette en marche et m’entraîne aussitôt sur des routes improbables. Souvent plus consistants, en tout cas plus durables, sont ceux qui mettent en scène des personnes avec lesquelles je suis amenée à être fréquemment en contact. Tel voisin, par exemple, avec qui j’échange de temps à autre quelques mots par-dessus la haie, ignorera toujours qu’il lui arrive régulièrement de m’administrer de vigoureuses et retentissantes fessées, déculottée, de ses grosses mains calleuses, parce qu’il me surprend à fouiller, chez lui, dans ses affaires. Et j’y retourne. C’est plus fort que moi. Cette autre voisine, au bout de la rue, me découvre en pleine action avec le Jérémie dont elle est follement éprise. Et me fait passer, chaque fois, un très mauvais quart d’heure. Et le boulot ! C’est une mine, le boulot. À de très rares exceptions près, j’ai eu affaire, sous un prétexte ou sous un autre, à tous mes collègues de travail. Hommes et femmes. Et, bien sûr, aux chefs. Sans oublier les commerçants, ...