1. Biche et jument


    Datte: 08/03/2024, Catégories: ff, forêt, campagne, dispute, mélo, fantastiqu, sorcelleri, fantastiq, Auteur: SulfurousGuy, Source: Revebebe

    ... J’imagine que je méritais son affection uniquement en faisant partie de la race humaine…
    
    Ses propos brisèrent mon cœur encore une fois.
    
    Dans la matinée, comme l’avait prévu le médecin, elle parvint à se relever, bien que difficilement, et me demanda de l’aider à marcher vers la fenêtre. Elle resta là un long moment, à contempler la forêt au loin.
    
    — Les arbres m’appellent. Tu sais, Virginie, j’ai toujours aimé la nature. Je me disais qu’un jour je vivrais dans une petite cabane au fond des bois. Maintenant, je n’en ai plus besoin.
    
    Le soleil glissait sur ses jolies hanches et ses fines pattes que je dévorais des yeux. Elle continua, peu consciente de son effet sur moi :
    
    — À présent, plus rien ne me retient dans le monde des humains…
    
    Je tressaillis. J’aurais tellement adoré qu’elle reste ici, en ma compagnie, mais malgré mon attachement, impossible pour moi d’aller à l’encontre de son désir. J’aurais aimé lui dire combien je chérissais sa présence.
    
    Elle se tourna vers moi :
    
    — Merci, Virginie, d’avoir pris soin de moi, et d’avoir tenté d’éveiller cet homme. Il m’avait pourtant semblé faire le bon choix, il y a longtemps. Peut-être que c’est ainsi et que les choses changent, malgré notre volonté.
    
    Elle prit ma main et la baisa avec une immense délicatesse en me regardant dans les yeux puis elle se dirigea vers la porte. ...
    ... Quand le claquement résonna dans la pièce, ce fut à mon tour de m’effondrer en sanglot.
    
    Les larmes s’écoulèrent, tantôt douces et tantôt amères, durant les jours suivants qui me parurent une éternité. Un matin, après une longue nuit passée à pleurer, une idée me vint. Folle, mais en y réfléchissant bien, je n’avais pas le choix. Moi aussi, rien ne me retenait dans ce monde.
    
    Quelques heures plus tard, la femme-biche, peu effrayée par la nouvelle venue, s’approcha entre les arbres. Elle espérait sa venue depuis des jours. La femme-biche et la femme-cheval s’embrassèrent. Elles se retrouvaient enfin, sans honte. Leur passion avait bien plus de consistance que celui des hommes. Virginie lui caressa le bras nu. Il était si doux. Sa main descendit jusqu’au cuir de sa croupe. Monica pleurait des larmes de bonheur :
    
    — Merci. Ta véritable forme est si élégante !
    — Tu as réalisé le premier pas. Tu es la plus courageuse et la plus clairvoyante de nous deux.
    
    Elles s’étendirent dans la neige et firent l’amour, cet amour dont elles se languissaient depuis une éternité.
    
    Leur métamorphose se poursuivit jusqu’au stade ultime. Personne n’entendit plus parler d’elles, mais on pouvait parfois voir, si on se promenait non loin du village à la lisière de la forêt, les silhouettes d’une biche et d’une jument jouant ensemble qui se détachaient dans la brume. 
«1234»