1. Quarantenaire rugissant


    Datte: 08/03/2024, Catégories: fh, hplusag, caférestau, pénétratio, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... « amuse-gueule », ça fait « amiouse-gueule ». C’est mignon. Quant au jus d’orge, bien rafraîchi, il coule comme du petit lait. Et son mélange de noix et biscuits est vraiment délicieux.
    
    — Un autre, please.
    — Alors ? Monsieur a aimé ?
    — Oui, c’est parfait. Servez-le dans le même, c’est bon…
    — Mais non, je recommence, sinon je devrai vous le faire payer moins cher.
    — Ha ha ha ! Futée !
    — Que veut dire « fioutée » ?
    — Maline, astucieuse, fine, malicieuse…
    — Ah oui, je comprends. Le français n’est pas toujours facile, tellement riche, plein de mots.
    — En tout cas, vous avez du goût. C’est vraiment charmant ce que vous avez fait de cet endroit. On s’y sent bien, comme chez soi. Et je sais de quoi je parle…
    — Ah bon ? C’est comme ça chez vous ?
    — Non, c’est un peu chez moi ici. Je suis né dans cette maison.
    — Ah bon ? Ça alors ! Racontez-moi…
    — En fait, cette maison et celle d’à côté ne faisaient qu’une.
    — Celle qui est fermée ?
    — Oui, elle est fermée parce que j’étais en mer, mais je reviens, c’est chez moi.
    — Oh, ça y est ! Je me disais : je l’ai vu quelque part. Mais oui, à la télé, l’accident avec un container.
    — Exact. Donc mon grand-père a fait construire cette maison, le tout. Une grande maison, parce qu’il avait fait fortune en vendant des œufs, du lait, du beurre et des fromages.
    — Un crémier, non ?
    — C’est ça, mais avant que les crémiers n’existent. Lui, il avait une carriole et un cheval, et il allait dans la campagne chercher ses produits, et le ...
    ... lendemain il les revendait aux épiciers, aux restaurants, aux marchés, même aux gens du quartier. Et là où nous sommes, c’était le passage où il rangeait sa carriole, avec l’écurie du cheval au fond du jardin.
    — Oh oui ! Mais elle existe encore. Je ne comprenais pas comment le cheval pouvait traverser là.
    — Il y avait deux grandes portes cochères et le passage était au raz de la rue.
    — D’accord !
    — Quand mon grand-père est mort, il fallait bien vivre. Alors ma grand-mère a fait faire ici un magasin, une mercerie-bonneterie. Elle vendait des boutons, du fil, des chemises de nuit, des dessous féminins… Et il y avait une porte qui donnait directement de la maison dans le magasin, mais avec deux marches. Comme elle était frileuse, elle a fait faire ce plancher juste à la hauteur de la maison.
    — Je comprends. Mais comment se sont séparés le magasin et la maison ?
    — Eh bien, quand ma grand-mère est morte, ma mère a repris le magasin. Mon père travaillait à la perception et tout allait bien, même si le magasin rapportait de moins en moins : les catalogues de vente par correspondance, les rayons des supermarchés, etc.. Je suis donc né dans cette maison et j’aimais bien traîner dans le magasin et jouer au petit marchand. Je préférais ça à l’école où je ne faisais pas grand-chose. Comme on ne savait pas trop quoi faire de moi, à dix-huit ans j’ai pris le bus pour Brest et je me suis engagé dans la marine. Je voulais être sous-marinier mais ils n’ont pas voulu de moi, trop grand, ...
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