1. 0320 Pourvu qu’on continue à rêver.


    Datte: 13/01/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... réaction ne vient de sa part. Je ne sais même pas s’il s’est rendu compte que quelqu’un est rentré dans sa chambre.
    
    — Jérém, je l’appelle après une nouvelle longue inspiration.
    
    — Quoi ? il finit par réagir, après plusieurs secondes.
    
    — Comment tu vas ?
    
    — Tout va bien. Ça ne se voit pas ? il me lance, sur un ton sarcastique et amer.
    
    — Je suis désolé pour ce qui t’es arrivé.
    
    — Oui, c’est bien. Maintenant tu peux repartir.
    
    — Je suis venu pour te voir.
    
    — Tu m’as vu, là, maintenant casse-toi !
    
    — Je sais que c’est dur pour toi…
    
    — Non, tu te trompes. Je vais super bien. Je suis fracassé de partout, mais je vais super bien ! Tire-toi !
    
    — Je voudrais tellement pouvoir t’aider.
    
    — Je n’ai pas besoin d’aide, j’ai besoin d’un miracle. Si tu ne sais pas faire des miracles, tu n’as pas à être là.
    
    — Tu comptes énormément pour moi, je ne peux pas repartir et te laisser seul dans cette situation.
    
    — Laisse tomber, Nico, casse-toi !
    
    — Mais je ne peux pas te laisser tomber ! Je t’aime Jérém ! je lui crie tout bas pour ne pas être entendu en dehors de notre intimité.
    
    — Eh ben, pas moi. Je ne t’aime pas, je ne t’ai jamais aimé ! rugit Jérém, sa colère lui faisant oublier la discrétion.
    
    — Tu dis n’importe quoi !
    
    — Tu crois que quand je te baisais j’en avais quelque chose à foutre de toi ?
    
    — Va te faire voir !
    
    — Qu’est-ce qui se passe ici au juste ? j’entends demander derrière moi Mr Tommasi, sur un ton remonté.
    
    — Ça ne te regarde pas ...
    ... ! lui crie Jérém.
    
    — Je veux que ce dégénéré quitte cet hôpital sur le champ !
    
    Je crois qu’il a entendu nos échanges sonores. Je crois que c’est moi qu’il traite de dégénéré. En quelques secondes, j’ai perdu le titre de « bon gars » et celui de « bon copain », pour être estampillé de « dégénéré ». Il faut beaucoup de temps pour gagner l’estime de quelqu’un, mais l’espace d’un battement d’aile de papillon suffit pour la perdre. A fortiori lorsque cette dégringolade est provoquée par des préjugés fondés sur le néant.
    
    — Et moi je veux qu’il reste ! C’est toi qui vas te casser, maintenant ! fait Jérém, soudain agité par une colère noire, par une agressivité effrayante.
    
    — Et moi qui croyais enfin pouvoir être fier de toi…
    
    — Tu ne l’as jamais été, alors aujourd’hui je n’en ai plus rien à faire !
    
    — Tu me dégoûtes…
    
    — Ça tombe bien, toi aussi tu me dégoûtes !
    
    — Mais putain, papa, tu ne vas pas recommencer à lui casser les couilles ici, maintenant ! j’entends Maxime intervenir.
    
    — Tu savais que ton frère était pédé ?
    
    — Et alors ? C’est quoi le problème ?
    
    — Tu ne vois pas de problème ?
    
    — Bah, non !
    
    — Moi j’en vois un, et un gros.
    
    — Papa, j’ai une question pour toi, lâche Maxime sans se démonter.
    
    — Quelle question ?
    
    — Tu es bien sûr que tu aimes tes enfants ?
    
    — Mais qu’est-ce que tu racontes ?
    
    — Tu vois, quand je te regarde faire, moi j’en suis de moins en moins sûr. Si tu les aimais, tu devrais juste te féliciter de ce qui les rend ...
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