1. Le voyeur


    Datte: 12/12/2023, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Philus, Source: Hds

    (Lire auparavant « Le candauliste » 1 et 2)
    
    Douze ans s’étaient écoulés depuis l’enfermement d’Hugo en hôpital psychiatrique et l’oblature de Juliette chez les Sœurs de la Mansuétude à Nancy. En ce jour brumeux de novembre Juliette, vêtue de son habit de noviciat qu’elle ne quittait plus depuis plus d’une décennie, avait renoncé aux murs protecteurs du couvent pour ceux non moins rassurants de l’église Notre-Dame-de-Lourdes. Son mari était décédé à l’asile sans jamais avoir recouvré la raison et elle allait l’accompagner à sa dernière demeure dans le caveau familial où étaient déjà inhumés son père depuis de nombreuses années et sa mère, emportée par une crise cardiaque trois ans seulement après l’internement de son fils. Les parents de Juliette étaient quant à eux encore en vie, mais ils n’avaient jamais bien compris la retraite monastique de leur fille et celle-ci ne les voyait plus guère.
    
    À la fin de la cérémonie funèbre Juliette, unique membre de la famille d’Hugo, resta à la porte du cimetière pour les condoléances d’usage des vagues connaissances et bigots qui étaient venus assister aux obsèques. En remarquant l’habit religieux, la plupart imaginaient qu’elle était une lointaine cousine d’Hugo, mais peu d’entre eux savaient en réalité qu’elle en était sa veuve. Elle se retrouva finalement seule, puis les larmes aux yeux repartit doucement à pied. Elle suivait toutefois un but bien précis, car parvenue à l’église, Juliette se dirigea tout droit vers le curé qui ...
    ... rangeait quelques affaires sur l’autel.
    
    — Pardonnez-moi, mon père, l’interpela-t-elle à mi-voix.
    
    L’homme d’Église se retourna.
    
    — Que puis-je pour vous, ma sœur ?
    
    — Je voudrais me confesser.
    
    — Vous ne pouvez pas attendre le passage de l’aumônier au couvent ? questionna-t-il d’un ton affable.
    
    — D’habitude, c’est ce que je fais, mais là, c’est un peu particulier, s’excusa-t-elle.
    
    — Soit, venez donc avec moi.
    
    Délaissant son autel, le curé Lessellier se dirigea vers l’un des confessionnaux suivi de Juliette l’air résolu. Ils y pénétrèrent à la place qui leur était dédiée et le prêtre accorda la bénédiction d’usage. Il se recueillit quelques secondes et murmura :
    
    — Je vous écoute, ma sœur.
    
    — Vous savez que j’étais mariée à l’homme que nous venons de remettre entre les mains de notre Seigneur, commença Juliette. Tant que c’était le cas, je ne pouvais prétendre au statut de religieuse et devais me contenter de l’oblature. Le décès de mon époux m’autorise à quitter cet éternel noviciat pour un engagement plus formel.
    
    — Oui, c’est exact, mais nous aurions pu en parler en dehors du cadre de la confession, fit remarquer Lessellier.
    
    — J’y viens mon père, car je suis hésitante et si je suis indécise c’est parce que j’ai péché.
    
    — Dites-moi ma sœur.
    
    — Souvent, la nuit dans ma cellule, le démon de la chair me rend visite et je ne peux lui résister.
    
    Le curé se rapprocha de la grille et souffla :
    
    — Que faites-vous alors ?
    
    Gênée, Juliette rougit et ...
«1234...9»