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Les fantasmes de Lucie (3)
Datte: 07/12/2023, Catégories: Dans la zone rouge, Auteur: Exorium, Source: Hds
... archers s’impatientent. – Assez perdu de temps ! On se déshabille. Et on se dépêche. Elles se jettent à leurs pieds. Elles leur entourent les genoux de leurs bras. Leur promettent de l’or. Autant d’or qu’ils voudront. J’explose. – Un peu de dignité, que diable ! De toute façon, on n’a pas le choix. Il faudra en passer par là. Alors autant faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et j’entreprends de me déshabiller. Tournées vers moi, elles me regardent faire, silencieuses. Marguerite, la femme du boulanger, s’y résout aussi. Et puis Catherine. Et puis Berthe. Et puis les autres. Toutes les autres. On est nues. Toutes nues. Toutes les huit. Le capitaine des archers nous distribue des fouets. Chacune le sien. – Vous devrez les garder à la main. Jusque là-bas. Où ils se lieront d’une étroite amitié avec vos gentils petits derrières. Et des sortes de pagnes faits d’un tissu extrêmement léger. – Mais ne rêvez pas ! Ils vous seront retirés au moment opportun. Et il éclate d’un rire gras. On nous pousse dehors. Dans la rue. – Allez, en route ! Notre petite troupe s’ébranle cahin caha. L’air est doux. Les pagnes glissent. Il faut les retenir avec la main. Celle qui est libre. Qui ne tient pas le fouet. Des hommes, des femmes sont massés sur notre passage. Ils rient. Ils commentent. Ils se moquent. Ils nous insultent. On s’efforce, tant bien que mal, de ne pas croiser leurs regards. Mais c’est plus fort que moi : je relève parfois la tête. La ...
... grand-place est noire de monde. Un long murmure de réprobation nous accueille. Et puis des cris. Des huées. On nous fait fendre la foule. Grimper sur une estrade. Il y a du monde partout. Devant. Derrière. À droite. À gauche. – À genoux ! En ligne. Des gardes prennent place à nos côtés. – Les fouets ! On les leur tend. – Mains sur la tête ! Nos pagnes tombent. Il se fait un impressionnant silence. Tous les regards sont rivés à nous. – Exécution ! Les fouets claquent, s’abattent. Tous en chœur. Je me cabre. Je gémis. Mes compagnes aussi. Les coups sont réguliers, méthodiques et de plus en plus appuyés. Elles crient. Elles hurlent. Moi aussi. À pleins poumons. On ne sait pas. On ne peut pas savoir si c’est de douleur. Ou de plaisir. C’est les deux. Je rouvre les yeux. Je suis bien. Je reprends mes esprits. Et mon livre. * * * C’est décidément une véritable mine, ce bouquin. Je ne le quitte plus. Je m’y replonge, aussitôt rentrée. Dix fois, vingt fois, je reviens sur mes pas. Et je retourne « là-bas. » Les trente coups de fouet nous ont été infligés. On nous fait redescendre de l’estrade, une à une, pantelantes. Et il nous faut à nouveau fendre la foule. Les pagnes sont restés là-haut et nos derrières meurtris, zébrés, sont généreusement offerts aux regards d’hommes et de femmes qui s’attardent complaisamment dessus. Qui s’en repaissent. Qui savourent. Et qui commentent à qui mieux mieux. – Vous êtes toutes belles comme ça, dites donc ...