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Les fantasmes de Lucie (3)
Datte: 07/12/2023, Catégories: Dans la zone rouge, Auteur: Exorium, Source: Hds
Je repose mon livre. Je ferme les yeux. Et je laisse les images de ces temps d’alors, de ces temps d’avant, lentement m’envahir. Il fait nuit. On frappe. À coups répétés. Insistants. – Ouvrez ! On ne nous en laisse pas le temps. On enfonce la porte. Quatre archers surgissent dans notre chambre à coucher. – Messire, vous êtes en état d’arrestation. Il y en a deux qui emmènent mon mari. Sans autre forme de procès. Les deux autres se livrent à une fouille en règle de notre habitation. Ils ouvrent les coffres, retournent les matelas, arrachent, par endroits, les lattes du plancher. Finissent, en désespoir de cause, par renoncer. – Suivez-nous, Dame Lucie…J’ai eu le temps, tandis qu’ils procédaient à leur exploration, de revêtir une tenue décente. Je les suis. Au-dehors, le jour commence à poindre. On est huit. Huit femmes rassemblées dans un petit local attenant au tribunal. Huit femmes qui se connaissent toutes. Huit femmes dont les maris ont tous été arrêtés dans la nuit. Qui s’inquiètent pour eux. – Ils vont pas leur faire de cadeau, ça, c’est sûr ! Qui imaginent le pire. Sans oser vraiment le formuler. De temps à autre, il y en a une qui fond en larmes. Elles s’inquiètent aussi pour elles-mêmes. – Et nous ? Ils vont nous faire quoi, à nous ? Laissent également libre cours à leur colère. – Qu’est-ce que nos bonshommes avaient besoin de nous entraîner dans des histoires pareilles aussi ! Les heures passent. On attend. On attend ...
... toujours. L’angoisse est palpable. Il y en a une qui hurle. – Qu’on en finisse ! Mais qu’on en finisse ! Une bonne fois pour toutes. J’en peux plus, moi ! L’énervement est à son comble. – Ferme-la ! Mais ferme-la ! Surgit enfin, aux alentours de midi, un émissaire du prévôt accompagné d’archers. Il nous lit une interminable sentence truffée de termes juridiques, de références à d’innombrables décrets et de toutes sortes de considérations diverses. Il en vient enfin au fait. – Attendu qu’il est patent que lesdites dames susnommées étaient au courant des activités coupables de leurs maris, qu’elles ont accueilli les réunions séditieuses sous leurs toits respectifs et qu’elles les ont couvertes en ne les dénonçant pas, nous, prévôt, les condamnons, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, à recevoir nues, en place publique, trente coups de fouet chacune. Il s’éclipse. Et claque l’ordre des archers. – Déshabillez-vous ! S’ensuivent plusieurs minutes de totale confusion. Elles parlent toutes à la fois. Elles protestent. Elles supplient. Elles gémissent. Elles se tordent les mains. Elles s’arrachent les cheveux. Je reste en retrait, silencieuse. Le fouet, je connais. Je me le donne de temps à autre en secret. Pour mon plus grand ravissement. En rêvant parfois qu’on me l’administre publiquement. Alors… alors c’est une véritable aubaine pour moi. Mais personne, absolument personne, ne doit savoir. Il faut que je parvienne à donner le change. Les ...