1. La mare aux fées


    Datte: 03/11/2023, Catégories: A dormir debout, Auteur: Philus, Source: Hds

    ... ton.
    
    — Écoutez, votre village et la forêt qui l’entoure me plaisent beaucoup. Je ne suis pas difficile pour la chambre. Si je vous paie de la main à la main et que je mange chez vous pour la semaine, on peut peut-être s’arranger ?
    
    Maxime sortit de son portefeuille cinq billets de 100 euros qu’il tint pincés entre le pouce et l’index comme des cartes à jouer. Antoine fixa du regard la main tendue pendant deux secondes.
    
    — Attendez, je demande à ma femme.
    
    Il s’absenta quelques minutes et revint peu de temps après avec une nouvelle bouteille qu’il décapsula et posa sur la table.
    
    — C’est d’accord. La chambre sera prête dans une heure et la deuxième bière, c’est pour moi.
    
    *
    
    On peut être motard et aimer les randonnées à pied en forêt. C’était le cas de Maxime qui passa sa première journée de vacances improvisées à arpenter les principaux sentiers de la vallée. Quand il eut terminé sa promenade, il remarqua sur le chemin du retour, en amont d’un ruisseau affluent du Nillon, une flèche en bois en piteux état fixée à un poteau noirci couvert de mousse et de moisissure. Il ôta la végétation avec difficulté et frotta le support du bout des doigts. Ce n’était pas bien clair, mais il réussit à déchiffrer « La Mare aux Fées ». Cela lui parut intéressant et il se promit d’aller visiter cette mare le lendemain.
    
    Ce matin-là, sur la terrasse ensoleillée, Maxime discutait avec le patron.
    
    — Tu sais que la mare est maléfique ? questionna Antoine qui avait opté pour le ...
    ... tutoiement eu égard à la jeunesse de son client.
    
    Maxime trempa une viennoiserie croustillante et tiède dans son café, en dégusta un morceau et répliqua maladroitement la bouche pleine :
    
    — Bof, vous savez… Ces histoires, je n’y crois pas beaucoup.
    
    — Méfie-toi quand même. Personne n’y est allé depuis des années.
    
    Le motard engloutit une ultime bouchée de croissant et répondit.
    
    — Merci, je vous raconterai ça.
    
    Son petit-déjeuner terminé, Maxime endossa son sac à dos et reprit le sentier menant à l’affluent du Nillon. Il retrouva l’antique flèche en bois et suivit le chemin qu’elle désignait. Il parvint à un minuscule barrage fait de deux planches épaisses posées l’une sur l’autre d’où une eau boueuse s’échappait en giclant. Il grimpa quelques marches grossièrement taillées dans la roche et déboucha dans une clairière au milieu de laquelle un étang couvert d’algues renvoyait des reflets verdâtres. À l’autre bout de la mare se tenait un abri de chasse paraissant inusité. Maxime y dirigea ses pas.
    
    — Voici donc la mare aux fées, commenta-t-il à voix haute.
    
    Tout en ôtant son sac à dos, il ne vit pas une très jolie femme blonde sortir du bois.
    
    — Tu ne crois pas si bien dire, déclara-t-elle derrière lui.
    
    Maxime sursauta, s’arrêta et se retourna. Il sourit, admiratif de la beauté de l’apparition. Vêtue d’une robe translucide bleu ciel, on devinait, à travers celle-ci, l’ombre chinoise de son corps nu.
    
    — Bonjour, je m’appelle Maxime, confessa bêtement le ...
«1234...9»