1. La mare aux fées


    Datte: 03/11/2023, Catégories: A dormir debout, Auteur: Philus, Source: Hds

    Au beau milieu d’une épaisse forêt de Corrèze, au creux d’un vallon vert souligné par une agréable route en lacets, surgit le petit village de Nille ainsi nommé du nom de la rivière qui le traverse : le Nillon. Malgré ses vieilles pierres et ses vestiges médiévaux, son histoire est méconnue des touristes, ce qui n’est pas pour déplaire à la cinquantaine d’habitants y demeurant, réfractaires à toute l’agitation touristique estivale que l’on rencontre ailleurs.
    
    C’est pourquoi, quand Maxime Ramait déboula au milieu de la place de l’église sur sa bruyante moto deux cylindres en V de 1600 cm3, il attira immédiatement le regard interloqué des rares personnes attablées en terrasse d’un café hors d’âge, le bien nommé « Bar de l’église ». Maxime rétrograda, puis s’arrêta à l’ombre de quelques platanes centenaires. Il stoppa sa machine qui se mit aussitôt à cliqueter en refroidissant. Ôtant son casque et ses lunettes, il s’avança vers les tables d’un pas décidé. La trentaine, grand et élancé, cheveux courts et bruns, barbe tondue de trois millimètres, c’était un très bel homme.
    
    — Cré vin diou ! Bel engin que cette Massey-Ferguson ! s’émerveilla le vieil Henri.
    
    — C’est pas une Massey-Ferguson ça ! On dirait plutôt une Terrot ou une Motobécane… corrigea André, son vis-à-vis et alter ego, en plissant des yeux.
    
    — Harley-Davidson, précisa Maxime en souriant aux deux compères. Bonjour à tous ! poursuivit-il en s’adressant aux quelques autres clients de la terrasse.
    
    Un faible ...
    ... brouhaha résonna en réponse. Le motard s’assit à une table ronde en fer dont l’orifice central, destiné à un parasol, laissait deviner sur le pourtour un certain nombre de couches de peinture de couleur différente.
    
    Henri cria en direction de la porte du café :
    
    — Toine ! Un client !
    
    — Voilà, voilà ! J’arrive, répondit une voix depuis l’intérieur.
    
    Un homme jovial et rondouillet, plus proche de la soixantaine que de la cinquantaine sortit de la boutique. Selon toute probabilité, il devait être en train de laver la vaisselle, car il essuyait ses mains mouillées après son tablier bleu qui recouvrait un ventre proéminent. D’une lavette douteuse, il nettoya prestement la table de Maxime et demanda :
    
    — Et pour Monsieur, ce sera ?...
    
    — Donnez-moi une bière locale, s’il vous plaît. Blonde.
    
    Une fois servi, Maxime dégusta son breuvage sous le soleil en étendant ses jambes ankylosées par la route. Une demi-heure plus tard, envoûté par la douceur du moment et du lieu, il s’adressa à Antoine qui versait un énième verre de blanc à André et Henri.
    
    — Dites Monsieur, vous faites bien hôtel et restaurant ?
    
    — Oh ! Ça, c’était mes parents ! répondit-il en levant les yeux au ciel. Mais avec les nouvelles lois, je n’ai plus le droit de louer les chambres. Pas aux normes qu’ils disent. Pour le restaurant, faut prévenir. C’est ma femme Marguerite qui fait la cuisine, alors elle ne veut pas bosser s’il n’y a personne.
    
    Maxime fit signe à Antoine d’approcher et baissa d’un ...
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