1. Les sauvetages de Kevin (10)


    Datte: 01/07/2023, Catégories: Divers, Auteur: Yojik, Source: Xstory

    ... tête au sol. Je suis hors service quelques instants. Lorsque je reviens à moi, je cherche les filles du regard. Je ne vois que Kinga agenouillée à côté d’un corps inerte. Elle semble lui faire un massage cardiaque :
    
    — Reviens, reviens, crie-t-elle.
    
    Je me traîne jusqu’à elle, c’est ma compagne qu’elle tente de ranimer. Kinga y met toute sa volonté, malgré son poignet cassé. Ma vision se trouble, j’ai du sang qui coule du nez et des oreilles. Je m’effondre de nouveau.
    
    ***
    
    J’ouvre les yeux, je ne peux pas bouger. Je suis à l’hôpital. Je vois flou, je suis dans le coton.
    
    — Oh, Kevin, tu es réveillé ?
    
    — Qui est là ?
    
    Je tourne la tête et distingue vaguement une forme.
    
    — C’est Bertille.
    
    Ma vue devient plus nette. Je reconnais les traits de son visage. J’ai l’impression d’avoir fait un mauvais rêve ou un bon. Je suis partagé. D’un côté, j’ai les images de mes amours avec Bertille, Anne-Sophie, Kinga et Sami, les relations entre l’infirmière et Jérôme mon kiné. De l’autre, je me souviens du naufrage de Sami, le désespoir de Kinga, le camion. Le camion ! D’un coup, je me redresse sur mon lit. Je n’ai aucun plâtre, juste un gros bandage autour de la tête. Je ne suis pas à l’hôpital de Gap, mais sûrement à un de ceux de Nice. Tout cela, je ne l’ai pas rêvé. Mais alors ?
    
    — Bertille... Anne-Sophie ? Kinga ?
    
    Ma vue est quasiment nette, je la vois en tenue de ville. Les traits tirés, les yeux rougis de larmes.
    
    — Kinga a juste le poignet cassé... Mais... ...
    ... je suis désolée Kevin, Anne-Sophie est morte. Elle vous a sauvé la vie en vous poussant toi et Kinga...
    
    Je m’écroule sur mon lit, je deviens inerte, amorphe. Le monde s’effondre en moi, je suis dévasté, détruit. J’écoute vaguement les explications de Bertille. Le nombre de morts et de blessés, les circonstances dont on semble sûr. J’aurais sacrifié tous les gens de la promenade pour la sauver elle. Mes parents arrivent alors qu’elle me donne ces informations. Ils s’étaient absentés quelques minutes pour donner de mes nouvelles à la famille. Ils pleurent de joie en me voyant, je réagis à peine. Je m’en fous.
    
    J’ai eu une commotion cérébrale et un caillot s’est formé, me plongeant dans un coma léger. Les médecins ne m’ont pas opéré, ils ont laissé celui-ci se résorber de lui-même. Je ne devrais pas avoir de séquelles. Kinga a déjà été récupérée par ses parents.
    
    — Je suis désolée Kevin. On s’en veut avec Jérôme, de vous avoir proposé de passer du temps là-bas.
    
    — Ce n’est pas votre faute. C’est comme ça, dis-je sans y croire.
    
    Pas que je pense que c’est leur faute, juste, ça n’a aucune importance. Je rentre chez nous, chez moi maintenant, quelques jours plus tard. Dès que je le peux, je reprends mon boulot de géomètre. Je travaille comme un fou, partant tôt le matin, rentrant épuisé très tard le soir. Je mange un truc vite fait et me couche pour dormir. Tout ça pour éviter de penser à elle.
    
    Le week-end est terrible pour moi, je n’ai rien à faire. Alors je picole ...
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