1. 0305 Un jeune papa


    Datte: 31/05/2023, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... ces mots stigmatisants. Ce ne sont que des mots, mais ils t’ont profondément touché, comme ils ont touché le petit Alex.
    
    Tu aurais voulu intervenir et dire : « Eh, il a juste raté un coup ! C’est pas ça être pédé ! Être pédé, c’est un gars qui aime un autre gars. Et ce n’est pas une insulte, en aucun cas. Car on a tous le droit d’aimer qui on veut ! » Mais ce n’était ni le lieu ni le moment. Tu n’avais aucune autorité sur ces gamins. Ils étaient à fond dans le match et personne ne t’aurait écouté. Mais si tu avais été leur entraîneur, tu aurais arrêté le jeu sur le champ et tu aurais fait une saine mise au point.
    
    « Tu joues comme un pédé ! »
    
    Oui, ce ne sont que des mots, mais tu sais que ce sont les mots qui enracinent le rejet, la haine et la honte de demain. Un enracinement qui survient très tôt, trop tôt. Tu t’es dit qu’il faut que ce cycle infernal soit cassé. Parce que l’homophobie est ni plus ni moins que du racisme.
    
    Ce rejet, cette haine, cette honte, tu les ressens chaque jour dans les vestiaires. Tu fais genre plutôt hétéro et ça t’arrange bien. Tu as une copine, et maintenant un gosse, tu joues bien le rôle qu’on veut te voir jouer. Mais tu sais que tout ça ce n’est pas toi, que ce n’est pas « tout » toi. Tu es attiré par les gars et tu voudrais faire des rencontres. Mais tu as peur. Ton visage commence à être placardé sur les affiches des matches, et tu as peur qu’on te reconnaisse.
    
    Tu sais qu’il y a une partie de toi que tu dois taire, au risque de ...
    ... tout perdre. Si « ça se savait », tu sais qu’on te pousserait à bout, on te pousserait à partir et à renoncer à ta carrière sportive.
    
    Tu entends des insultes qui t’affectent parce qu’ils laissent entendre qu’un pédé mérite la double peine d’être considéré comme un malade et d’être puni pour sa maladie. La banalisation de la haine contre les gays te révolte, mais tu ne peux pas vraiment t’insurger , sous peine de te faire remarquer et être pris pour cible. Pas une fois, tu as entendu un discours positif sur les homos. Pas de la part d’un coach, d’un président, n’importe qui dans le staff. Personne .
    
    Tu sais qu’il n'y a pas de place pour un homo dans les sports d'équipe. Cacher sa sexualité est une source de peur constante. Faire semblant tout le temps est fatiguant. Ça te prend de l’énergie et ça mine ton mental. Et ça, ce n’est pas bon, pas bon du tout.
    
    Tu as l’impression de jouer ton avenir sportif à chaque entraînement. Cela est source de stress et tu ne dors plus aussi bien qu’avant. C’est difficile de se reposer sans être en paix avec soi-même.
    
    Dans un sport comme le rugby, c’est le mental qui détermine si tu perces ou pas. La performance sportive est avant tout un exploit mental.
    
    Tu as passé les six derniers mois à avoir peur. Et maintenant, depuis que le petit Lucas est arrivé, tu te prives parce que tu veux être un papa « digne ». Mais Nico a raison, Lucas ne voudrait pas savoir que son papa se rend malheureux par peur de son jugement. Lucas voudrait que ...
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