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Uchronie soit qui mal y pense ou l'effondrement de l'humanité [SF] (8)
Datte: 21/02/2023, Catégories: Divers, Auteur: Doogy Woogy, Source: Xstory
L’orage menaçait ; ils ne seraient pas rentrés au bercail à temps pour éviter le déluge. Espérant négocier une nuit dans la grange, Joris traversa la cour de la ferme qui semblait vide. Hinda était restée à l’abri des regards, cachée sous le couvert de la forêt. Il suffirait à l’immense créature de rejoindre son compagnon d’infortune en toute discrétion ; ils quitteraient l’endroit avant l’aurore. Pour l’instant, il n’y avait pas âme qui vive ; pourtant, la ferme ne donnait pas l’impression d’être abandonnée. Des bûches qui venaient d’être fendues attendaient d’être stockées, une hache encore plantée dans la dernière. Du linge finissait de sécher ; le fil tendu entre deux poutres grinçait en se balançant au gré du vent. Personne en vue, comme si les nuages noirs venaient de chasser les habitants, comme s’ils avaient fui un fléau charrié par l’obscure nébulosité. Une vache meugla, confirmant que le lieu n’était pas déserté. Joris se dirigea vers le champ en contrebas, mais seules les bêtes s’y trouvaient ; toujours pas de fermier. Il retourna au bâtiment qu’il longea, prenant garde de ne pas poser les pieds dans les bouses que, chaque soir, lâchaient les vaches regroupées devant l’étable. Il appela. Personne ne répondit. L’orage s’annonçait imminent. La luminosité déclina ; il fit soudain nuit, comme si l’heure d’hiver cumulait trois années. Joris pesta. Il aurait mieux fait de mettre à profit le temps de cette recherche pour se construire un abri de branches, de fougères ...
... et autres mousses. Un tel refuge de fortune n’aurait offert aucun confort mais aurait eu le mérite de les tenir au sec. Prêt à faire demi-tour pour rejoindre Hinda, il remarqua une lumière dans un bâtiment annexe. De plus petite taille, il était à l’écart ; Joris l’avait d’abord pris pour une ancienne remise menaçant de s’écrouler. Par la lucarne sale filtrait une pâle lueur. Il s’approcha. Quelque chose occultait l’ouverture. Seul le contour laissait deviner qu’une lumière éclairait l’intérieur. Il fit le tour de la cahute, poussa la porte qui grinça, telle une locomotive freinant sur les rails. Pourtant le bruit ne perturba en rien l’activité des personnes présentes. Joris, figé, se demanda s’il devait se manifester ou faire demi-tour. Une femme rondouillarde offrait sa croupe dodue à l’assaut d’un verrat satisfait d’ensemencer une nouvelle truie. L’animal grognait d’aise dans un concert où se mêlaient des vociférations féminines. Une seconde de répit dans ces bruits de fornication permit à Joris de déceler un bêlement. Il évalua l’âge de l’homme qui s’affairait avec la biquette : ce cochon-là devait être le fils de la femme, qu’il imagina tout à coup fredonnerAh tu verras, tu verras… Il ne manquait au tableau que le père et la fille. Il envisagea cette dernière, supputant qu’elle se prénommait Anne, avec un baudet dont elle tirerait parti de l’anatomie. — Tourne-toi, que je vois ta face de fouine ! Tout à ses suppositions, Joris n’avait pas prêté attention au ...