1. L'horloge tourne


    Datte: 25/01/2023, Catégories: fh, hplusag, nonéro, mélo, Auteur: calpurnia

    Depuis des heures, Max tourne et tourne encore sa cuiller dans sa tasse de café froid lorsqu’une inconnue fait irruption dans son salon.
    
    — Bonjour, Mademoiselle, dit-il simplement.
    — Bonjour Monsieur. Passons sur les présentations, je ne vais pas vous raconter d’histoire : je suis venue pour vous voler. Dites-moi juste où vous avez caché vos bijoux et votre argent, et je ne vous embêterai pas plus longtemps. Promis, je ne vous ferai aucun mal.
    
    Max détaille le visage de la jeune cambrioleuse, puis ses yeux se tournent vers le ciel, par la fenêtre ouverte.
    
    — Mais vous ne me dérangez nullement, et cela fait longtemps que je ne crains plus aucun mal. Regardez : ce nuage ressemble au visage de Françoise. Vous savez qui était Françoise, n’est-ce pas ?
    — Non, je ne la connais pas cette femme, et d’ailleurs, elle ne m’intéresse pas. Je veux savoir où se trouve l’argent.
    — Mais à la banque, comme tout le monde, répond calmement l’homme. Croyez-vous, Mademoiselle, que parce que j’ai quatre-vingt-quatorze ans, je vis comme au Moyen Âge ?
    — Vous avez bien une carte bleue, alors ?
    — Oui, mais je ne me souviens plus du code, parce que les docteurs ont dit que j’ai la maladie d’Alzel… truc, je ne sais plus, c’est un nom barbare.
    — Alzheimer.
    — C’est ça. J’ai déjà oublié ce que j’ai fait hier, ou seulement il y a une heure. Parfois, je dispose d’un moment de lucidité, comme maintenant. Quelquefois, j’ai faim, ou sommeil, ou envie d’aller me promener, alors que ce n’est pas ...
    ... le moment. Il y a un temps pour toute activité, et mon horloge à moi est détraquée. Cela me fait penser à une chose… mais d’abord, puis-je vous offrir un café, si vous n’êtes pas trop pressée ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous empoisonner. Vous pouvez même assister à la préparation.
    — Eh bien… pourquoi pas ?
    
    Lentement, Max se dirige vers la cuisine.
    
    — Françoise faisait si bien le café pour nous deux et pour nos invités. Le mien n’est qu’une pâle imitation.
    — Dans mon squat, j’ai l’habitude de boire une lavasse infâme : le vôtre ne risque pas d’être pire, impossible. Mais qui est Françoise ? Votre femme ?
    — Elle était ma femme, en effet. Elle est morte la semaine dernière.
    — Oh, désolée, toutes mes condoléances !
    — Merci. Je crois qu’il y avait de la neige pour son enterrement. Je me souviens des traces de pas des fossoyeurs.
    — Mais nous sommes en plein été !
    — Alors, c’était peut-être il y a six mois. Ou trois ans, je ne sais plus. Regardez par la fenêtre, ce petit nuage tout blanc : on dirait le visage de Françoise. Elle avait de très beaux yeux qui brillaient tout le temps, surtout lorsque nous faisions l’amour.
    — Quelle est cette idée que vous aviez tout à l’heure ?
    — Cette horloge, dit Max en retournant à petits pas vers son salon, est une authentique comtoise du XVIIIe siècle. Voici une pièce unique réalisée par un horloger de haute volée. Des rois et des puissants l’ont possédée : les maîtres du temps, en leur temps, avant que les aiguilles qui sont ...
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