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Un soir d'orage
Datte: 29/08/2022, Catégories: sf, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
Il est des nuits, des jours aussi parfois, qui marquent l’existence de certains d’une trace indélébile. Rien ne prédisposait le soir de ce 6 juillet à être autre chose qu’une simple avancée orageuse. Le ciel avait pris depuis le crépuscule cette couleur qui préparait l’apparition du tonnerre. Gros nuages sombres, humidité latente et moiteur faisaient coller à la peau le vêtement le plus léger. Puis la nervosité ambiante m’imprégnait petit à petit, alors que le vent soufflait plus violemment dans le grand marronnier devant la maison. S’endormir dans de telles conditions relevait de l’exploit. Par contre, une somnolence entrecoupée de moments de semi-conscience m’avait enveloppée et je n’étais vraisemblablement pas dans un état normal lorsque je m’étais réveillée en sursaut. Un regard au cadran du réveil sur la table de chevet de ma couche m’apprenait que finalement j’avais bien plus dormi que je ne le pensais. Pourtant, tout mon corps semblait recru de fatigue. Le soleil qui éclairait l’extérieur, pénétrant par les interstices des volets de bois, venait lécher les lames du parquet de cette chambre que j’occupais seule depuis… toujours. La maison, c’était celle de mes parents, reprise après leur décès et j’y vivais solitaire. Les rares hommes qui avaient franchi le seuil de cette longère familiale n’avaient guère séjourné plus d’une nuit entre mes murs. Il me manquait toujours cette étincelle pour en garder un plus d’une semaine. Celle qui embraserait mon cœur autant ...
... que mes sens, celle-là n’était jamais arrivée. Quant aux aventures, j’en avais eu de nombreuses, je devais l’avouer, mais depuis quelques mois, une certaine absence habitait ma demeure. Je devenais plus difficile, plus casanière aussi et les élus ne se bousculaient plus, ou alors ils se trouvaient plus triés sur le volet. Un cycle sans personne ? Une longue période de jeûne, de disette ou d’abstinence ? J’aurais été bien incapable de le dire. Alors l’étrange lumière du jour qui allait bientôt inonder ma chambre ne dérangeait que moi. En m’étirant comme une chatte, je reprenais lentement contact d’un pied prudent avec un parquet plutôt solide. Ma nuisette abandonnée sur le drap repoussé sur le côté inoccupé de mon lit retrouvait sa place sur mes épaules. En quelques enjambées, je rejoignais la cuisine pour y faire couler ce café n’attendant que l’eau bouillante pour m’enivrer de ses meilleurs arômes. D’un pas nonchalant, j’allais ensuite ouvrir les volets pour admirer cet astre qui réchaufferait mes vieux os. Mes trente-trois ans commençaient à peser tout de même sur ce corps qui me demandait de plus en plus d’attentions. Et chose curieuse, je comprenais soudain qu’il y avait un couac quelque part. Je ne saisissais pas du coup comment c’était possible. On aurait dit que seule ma maison bénéficiait d’un soleil personnel. Au-delà des limites de celle-ci, tout était encore dans le noir le plus total. Mon esprit n’assimilait pas vraiment ce qui arrivait. La lumière n’était ...