1. Super-Banquier


    Datte: 08/08/2022, Catégories: Divers, Auteur: Matt Demon, Source: Xstory

    Genève
    
    21 heures. La nuit vient de tomber, et toute la ville s’endort paisiblement. Toute ? Non, car une ombre plane au-dessus du lac, scrutant les avenues et boulevards de sa belle ville, prête à intervenir.
    
    Et malheur aux infâmes malfrats ourdissant de sordides complots : Stormix, l’irréductible Suisse volant, veille. Prêt à fondre à bras raccourcis sur les ignobles scélérats qui oseraient commettre leurs sordides crimes, au mépris de la Loi helvète : Super-Banquier (vous l’avez tous reconnu) est là !
    
    Soudain il fonce, rapide comme l’éclair, vif comme la mangouste, sa longue cape rouge claquant au vent. Car il a compris qu’un horrible méfait se déroule là, à l’angle du quai Gustave-Ador et de la rue du Lac. Stormix se pose avec grâce sur le large trottoir et fait tourner l’énorme trousseau de clés de coffres qui lui sert d’arme de destruction massive.
    
    — Immonde salope ! Je t’y prends à faire chier ton chien de l’enfer sur les trottoirs de ma ville ! Demain, de pauvres enfants marcheront sur ces déjections et briseront leurs jambes menues. Par ta faute ! Tu dois être Italienne – ou pire, Française – pour agir aussi bassement !
    
    — Arnaud, c’est toi ? demande la vieille femme qui tient un chihuahua en laisse. Que fais-tu dans cette tenue ridicule, à crier des insultes à ta pauvre grand-mère ?
    
    — Merde… Mamie, c’est toi ? glapit Super-Banquier d’une voix chevrotante. Je ne t’avais pas reconnue.
    
    — Bien sûr ! Môssieur ne veut pas mettre ses lunettes, alors ...
    ... qu’il est myope comme une taupe. Et il s’en prend à une vieille dame percluse d’arthrite et un petit animal sans défense.
    
    — Les lunettes, ça va pas avec mon costume de super héros, bougonne Stormix.
    
    — Et les gros mots ? Je te laverais la bouche avec du savon, si j’étais ta mère. Quand elle va savoir ça...
    
    — Oh non, tu lui diras pas, Mamie, je t’en supplie…
    
    — Pour la peine. Tiens, prends ce sac et ce gant, et ramasse la crotte de Mozart.
    
    — Oui, tout de suite, Mamie.
    
    Penaud, le jeune super-héros va déposer son colis dans une poubelle proche et revient vers sa mamie qui l’attend de pied ferme.
    
    — Ces jeunes, toujours à faire les casse-cous ! Et je suis polie, moi. Bon, je rentre, je ne veux pas prendre froid. Et toi, tu devrais faire pareil : tu n’as pas mis ton cache-nez ni tes gants. Ta tenue, je n’en parle même pas ; tu ne dois pas avoir bien chaud. Bon, n’oublie pas que dimanche midi je fais une fondue fribourgeoise. Alors apporte deux bouteilles de ton fendantDomaine des Muses pour ta peine.
    
    — Oui, j’y penserai. Bonne nuit, Mamie.
    
    Et notre héros décolle en flèche et en grommelant sur les grand-mères qui feraient mieux de dormir au lieu de promener leur affreux clébard qui vient de pisser sur sa botte gauche. Assis sur le toit du Théâtre de Genève, il nettoie de son mieux sa botte avec un mouchoir ; il s’apprête à repartir quand il est interpellé par une voix rauque :
    
    — Oh, beau Stormix, tu ne voudrais pas une super pipe ?
    
    La démarche chaloupée, ...
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