1. Le Cirque


    Datte: 14/06/2022, Catégories: Première fois Auteur: Jpj

    On était tous à bicyclette accrochés d’une main au camion rouge et jaune des romanichels. Nous les gosses du quartier.
    
    On formait comme une tortue qui avançait lentement par les rues dans les stridences des hauts parleurs du camion.
    
    Le parleur était un clown qui malaxait ardemment son micro en passant sa tête de clown par la fenêtre ouverte du camion. Le microphone était magnifique, tout d’acier chromé avec des stries fines parallèles, on aurait dit le micro des Platters de only you.
    
    Le nez du clown était rouge et nous les gamins à vélo on riait.
    
    Ce soir grand spectacle sur la place de la forêt, le cirque Zaglione vous présente ses attractions internationales. Les fauves lions tigres et léopards et leur dompteur, Zaglione lui-même, les filles de trapèze jeunes fines et sportives bondissantes de trapèze en trapèze sans filet, la jolie Lyudmila contorsionniste dans la cage du serpent python et puis moi, le clown Patate qui rigole et fait rigoler.
    
    Il y aura aussi le magicien qui tourneboulera la comprenette de tout un chacun avec sa baguette et son chapeau.
    
    Moi, les trucs dont je rêvais c’étaient surtout le magicien avec son chapeau claque et Lyudmila. Allez savoir pourquoi…
    
    Lyudmila était brune et toute frêle. Elle me plaisait bien.
    
    Nous les gars de la Place de la Forêt on avait un privilège. Vu qu’on avait aidé tout du matin à placer les bancs en amphithéâtre autour de la scène, on avait droit à assister aux répétitions de l’après-midi avant le ...
    ... spectacle du soir.
    
    La scène était ronde et son sol était jonché de sciure de bois. De part et d’autre de la scène il y avait les deux mâts du cirque qui tenaient en hauteur la toile. En réalité la toile n’était que prétexte que décor. En plein mois d’août il ne pleuvrait assurément pas.
    
    Mais un cirque qui n’aurait pas eu de grande tente n’aurait pas été un vrai cirque.
    
    Les Romano’s prenaient le café à l’ombre d’une roulotte à l’ancienne. Le canasson hippomobile tracteur bouffait l’herbe de la place de la Forêt à côté, nonchalant, même pas attaché, libre … exprimant ainsi le bonheur de vivre de ces gens-là en toute simplicité.
    
    Moi j’étais là à traîner.
    
    Celui qui me plaisait, c’était le magicien. J’ai toujours été fan d’énigmes, de ces habiletés qui subjuguaient.
    
    Mais celle qui me plaisait surtout c’était Lyudmila et son corps longiligne frêle mais musclé. Lyudmila la contorsionniste brune aux cheveux longs peignés en tresses qui balayaient ses épaules et descendaient jusqu’au milieu du dos.
    
    Elle me faisait penser aux squaws des westerns américains, fille sauvage et libre à regagner les plaines.
    
    J’étais curieux de voir sa prestation, d’autant que j’ignorais la signification exacte de contortionisme. Elle m’avait parlé le matin quand je déchargeais avec les copains les planches de bois, qui feraient les bancs, du camion afin de les assembler devant la scène, derrière les chaises du parterre.
    
    Elle m’avait parlé tout sourire. Elle m’avait dit, vois là tu vas ...
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