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Les deux portes (3)
Datte: 26/03/2022, Catégories: Divers, Auteur: Irina, Source: Xstory
... lumière. —--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Mireille travaillait à l’accueil des urgences au centre hospitalier de Digne. D’habitude, il y avait cinquante à soixante interventions par jour, mais ce matin-là était exceptionnellement calme. Une ambulance des pompiers venait de se ranger devant le service. Trois personnes en descendirent dont deux s’occupèrent de décharger un brancard. Le troisième, une jeune femme blonde, les cheveux noués en queue-de-cheval, se dirigea vers l’accueil. — Bonjour Christine, fit l’infirmière. Tu nous amènes quoi ce matin ? — Fracture du col du fémur gauche, dis-je. Le coup classique, carrelage mouillé, chute et casse. Ça va ici ? — Très calme comme tu vois, pas comme pendant la tempête, tu te rappelles ? — Tu parles... Je n’ai pas débandé de vingt-quatre heures. L’horreur. Là, on a fini notre garde. On dépose notre accidenté et on rentre. — Tu veux un café ? — Avec plaisir ! — Hé, nous aussi on prendrait bien un café ! lança un des pompiers en passant. — Je te prépare ça, Dominique... C’est vrai que c’était calme. Mon regard parcourut l’accueil, les salles d’attente... Une scène presque incongrue se déroula devant mes yeux. C’était deux couples d’âges mûrs. L’un était certainement nord-africain, peut-être marocain, l’homme vêtu d’une longue djellaba, coiffé d’une calotte, la ...
... barbe soigneusement taillée à la mode musulmane. Sa femme avait également une djellaba et portait le hidjab, le voile islamique. En face d’eux, c’était un rabbin !... Avec son costume noir sobre et son chapeau, et à ses côtés, une femme que je supposai être sa femme. Les deux femmes étaient dans les bras l’une de l’autre, chacune pleurant sur l’épaule de l’autre, pendant que les deux hommes échangeaient des paroles de réconfort, de condoléances. J’avais malheureusement l’habitude de ce genre de scènes aux urgences. Ce qui les rassemblait était tragique... — C’est drôle, dis-je. On s’imagine que tout nous oppose, et c’est dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’on est tous pareils... — Ce sont les parents de deux des petits jeunes que tu nous as amenés le soir de la tempête, répondit tristement Mireille. Tu te rappelles ? — Tu parles que je me rappelle ! Il a fallu remonter soixante mètres de ravin après les avoir désincarcérés. Mon Dieu ! Non ? Tu ne veux pas dire que... — Malheureusement si, continua Mireille. Ils sont morts tous les deux il y a une heure. Tu te rends compte ? Ils avaient à peine vingt-trois, vingt-quatre ans, la petite devait se marier dans une semaine. C’est terrible. — Horrible... Aucun parent ne devrait perdre son enfant. Mais... je ne comprends pas ? Leurs blessures étaient sévères, mais pas mortelles ? J’étais persuadée qu’ils s’en tireraient ! Qu’est-ce qui s’est passé ??? — On ne sait pas. Les médecins sont aussi étonnés que toi. ...