1. Mariage Kabyle (8)


    Datte: 15/11/2021, Catégories: Gay Auteur: Calinchaud

    La Noce
    
    Lors des deux fois une année où j’avais travaillé au Maroc, j’avais été invité, à quelques reprises, à des mariages. Si certains me paraissaient plutôt festifs, d’autres me semblaient bien ternes. Il faut dire que je voyais ça avec des yeux d’Européen, où pour nous, la fête battait son plein, avec des repas souvent pantagruéliques, copieusement servis et resservis, et où tout le monde se mélangeait pour rire, boire, un peu trop quelquefois, et danser jusqu’à la fin de la soirée lorsque les mariés nous quittaient pour consommer leur nuit de noces, le plus souvent « consommée » depuis fort longtemps.
    
    Le pire avait été celui auquel j’avais été convié à Rabat Souissi, le quartier le plus riche, dans une famille, comment dire, plus qu’aisée, et dont l’ennui avait été mortel. Dans un immense salon, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre, nous avons contemplé pendant des heures interminables le ballet des mariés dont l’épouse a dû changer cinq à six fois de robe, toutes plus somptueuses les unes que les autres, exhibant la richesse de la famille. Les convives, chacun de leur côté, applaudissait respectueusement chaque apparition, sagement assis dans les salons marocains, nous gavant de sodas et de quelques canapés en attendant de passer à table.
    
    Le repas a enfin été servi, des plats savoureux avec une excellente pastilla au pigeon, dont il avait été impossible d’en quémander une seconde part, le dîner avait été expédié en moins d’une heure. Une danse ...
    ... complètement désordonnée avait pris la suite, avec toujours les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Je me suis enfui, peu de temps après, prétextant une extrême fatigue, pour quitter cette soirée complètement insipide, non sans avoir chaleureusement remercié mes hôtes pour cette « magnifique » soirée et l’honneur qu’ils m’avaient accordé de m’y avoir convié.
    
    De toutes mes forces, j’espérais qu’il n’en serait pas de même ce soir-là, et même si Samira et Imane étaient apparues à plusieurs reprises dans des robes magnifiques, savant mélange entre traditions kabyles et Europe, l’atmosphère était tout autre.
    
    L’alcool était banni, ou plutôt savamment caché, et personne n’en abusait, sauf rares exceptions. Repas fin et plus que copieux, largement servi à profusion, musique traditionnelle, mais européenne aussi, avec des danses endiablées, partagées entre tous, aucun ne se gênait pour inviter les mariés ou les mariées à leur offrir leur bras. J’assistais en fait à une vraie fête de mariage, peut-être encore plus complète qu’à l’européenne, dans lequel ce savant dosage entre tradition et plaisir de partager ce moment magique atteignait son apogée. Adorant danser, je ne sais combien de valses, de tangos, de rocks et autres j’ai pu partager avec un grand nombre de cavalières, trop heureuses de profiter de mon « savoir danser » français.
    
    J’ai pris un plaisir certain à ces noces, m’amusant comme un fou, me régalant à plusieurs reprises de tout ce qui était servi, les plats ne ...
«1234»