1. La Trinité (2)


    Datte: 18/10/2021, Catégories: Divers, Auteur: lecourtmaltais, Source: Xstory

    JULIE
    
    Sous le choc, je regardai l’homme qui les avait fait fuir. Un jeune mec d’à peu près mon âge, un brun dans les un mètre quatre-vingt avec les cheveux mi-longs. C’était probablement un plaisancier, compte tenu de son jean qui semblait avoir traversé un ouragan et de son sac étanche. Il n’était pas bodybuildé comme celui qui avait l’air le plus abruti de nos agresseurs, mais on devinait une musculature sèche sous son tee-shirt. Il tremblotait et sa main serrait toujours la crosse du fusil-harpon. Le plus doucement possible, j’allais lui tapoter sur l’épaule.
    
    — Ça va ? dis-je. Il se retourna.
    
    — Euh... Oui... Je crois. C’est plutôt à moi de vous le demander, en fait.
    
    — J’ai eu la peur de ma vie, je crois bien. Euh... Vous devriez faire gaffe à ce truc, dis-je en pointant son arme dont il semblait avoir complètement oublié l’existence. Il finit par la ranger dans son sac tout en recevant les remerciements d’Alban, qui appuyait un mouchoir sur sa tête.
    
    — On peut peut-être se tutoyer, vu les circonstances... Je m’appelle Julie. Je sais pas comment ça se serait terminé si tu n’étais pas arrivé.
    
    — Yann... Il vaut mieux ne pas trop se le demander. Pourquoi ils vous emmerdaient, au fait ?
    
    — Je les avais croisés un peu plus tôt dans la soirée. On s’était attablés à un restaurant assez blindé et nos plats tardaient à venir. Je me suis levée pour aller regarder les photos dans la vitrine d’une boutique à côté du resto. En passant à côté de moi, ils m’ont dit un ...
    ... truc que j’ai pas compris. Je faisais pas attention à ce qu’il y avait autour, et si j’entamais un débat à chaque « eh Mademoiselle, j’arriverais jamais nulle part... Bref, je suis retournée m’asseoir en les ignorant. J’imaginais pas avoir la chance de retomber sur eux au parking.
    
    — Surtout qu’il est normalement réservé aux plaisanciers. Je pense pas que leur yacht de luxe les attendait au ponton. »
    
    Je retrouvai le sourire. Alban proposa à celui qui s’appelait donc Yann de nous accompagner jusqu’au bateau pour prendre un verre dans le carré. C’était la première fois que j’allais monter à bord d’Oban. Alban avait choisi ce nom, d’une part parce qu’il était amateur de whisky, et parce que ça lui rappelait la manière dont sa nièce d’un an et demi prononçait son prénom. Alors que je me demandai comment embarquer avec mes petites jambes sans me ridiculiser ou pire, finir dans l’eau du port, Yann, qui tenait à me sauver de tout ce soir, m’expliqua comment saisir le hauban et monter au niveau du maître-bau. Je ne le savais pas encore, mais c’était les deux premiers termes nautiques d’une longue liste que j’allais être amenée à apprendre.
    
    — Un petit... whisky ? me proposa théâtralement Alban en se tenant la tempe.
    
    — Je vous suis, répondit Yann. En plus, celui-là fait beaucoup moins mal à la tête. Dites, on devrait appeler la police, non ? Et peut-être un médecin aussi.
    
    — Ecoute, il se trouve que je suis médecin. Je tiens pas à finir la soirée au poste à devoir me perdre ...
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