1. Chronique d'Uchronia (1)


    Datte: 31/07/2021, Catégories: Divers, Auteur: Lewis Lestrange, Source: Xstory

    ... l’autre en restant au même point de l’espace, de se retrouver perdu tout seul en un point de l’orbite terrestre quand notre planète occuperait une position diamétralement opposée par rapport au Soleil. Mais ce léger souci se résolvait sans difficulté, en tenant compte d’un simple calcul de position astronomique, automatiquement réalisé par la machine.
    
    Plus ardu, le problème du surgissement sans cause de la masse du voyageur dans un temps antérieur ou ultérieur semblait violer les lois élémentaires de conservation de la masse totale du système et de l’antériorité des causes sur les effets ; mais avec un complet réaménagement de la relativité générale d’Einstein, prouesse intellectuelle dont Philippe peaufinait les derniers détails mathématiques, ces paradoxes disparaissaient. L’immense avantage de cette réécriture théorique était qu’elle supprimait d’avance toute possibilité de paradoxe temporel dans le genre meurtre du grand-père. En fait, la « relativité chronique augmentée », nom dont Philippe avait baptisé – ou plutôt affublé – sa théorie, impliquait que les événements du passé restassent inchangés par les éventuelles actions d’un voyageur temporel, ou plutôt, que toute la série des événements passés contenait déjà toute la série des actions de tous les voyageurs temporels qui y surgiraient ultérieurement. « Si j’avais un conseil à donner aux historiens », aimait à dire Philippe quand il voulait abréger l’exposé de ses idées devant un parterre de néophytes, « c’est que ...
    ... la conjugaison normale pour relater les événements n’est ni le passé simple ni l’imparfait, mais plutôt le futur antérieur du subjonctif. »
    
    La première fois où Philippe avait employé cette formule, Tatiana avait répondu : « Ah oui, parfaitement, c’est exactement ce que j’étais en train de me dire ! » Aussi Philippe avait-il su qu’il tenait là l’explication idéale : rigoureusement insensée, elle sonnait plus compréhensible que les démonstrations mathématiques et amenait les interlocuteurs de Philippe à opiner du chef d’un air entendu.
    
    La plus grande difficulté qu’il avait eue à vaincre tenait à la quantité d’énergie prodigieuse que requerrait le voyage dans le temps. Un calcul préliminaire, effectué quelques années auparavant sur une bête feuille d’un bloc de papier quelconque, avait d’abord désolé Philippe, car il semblait inévitable d’en déduire qu’aucune source d’énergie humainement maîtrisable ne pourrait suffire ; mais aussitôt après, il avait ajouté, sur la même feuille, les mots : « Eurêka ! DE ! » Les initiales DE désignaient, par leur acronyme anglais, l’énergie noire.
    
    Philippe, non sans un impertinent toupet de jeune faquin, se complaisait à imaginer qu’un jour cette feuille décisive qui avait inauguré ses travaux serait exposée au public dans une vitrine d’un musée des sciences.
    
    Bref : l’idée de Philippe consistait non pas à produire l’énergie nécessaire à un saut dans le continuum espace-temps pour un objet multimoléculaire comme s’il s’agissait d’une ...
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