1. Tentation


    Datte: 18/07/2021, Catégories: ff, fgode, jeu, Auteur: Erlinde, Source: Revebebe

    La colère fait bouillonner ma tête aussi brusquement que tout à l’heure les caresses d’Élodie.
    
    Frustration ?
    
    Frustration ? Non mais elle se prend pour qui ?
    
    Me faire ça, et se désaper devant moi comment si je ne demandais qu’à lui sauter dessus ! La garce, je vais la…
    
    Rien du tout. Au lieu de lui sauter à la gorge, je fonds en larmes, le visage dans les mains, un vrai film.
    
    Facile, comme porte de sortie, quand votre propre hypocrisie vous douche brutalement.
    
    Je l’ai désirée depuis le début. Je la regardais, je la humais. Oui, je la désirais. Hypocritement. Je la blaguais sur ses fringues, tout en dévorant ce qu’elles me laissaient entrevoir. Pareil pour ses "entrées sans frapper", par une porte jamais fermée. Et pour les conversations sur le sexe, dont je prenais souvent l’initiative. Sans oublier bien sûr d’étiqueter Élodie "aguicheuse", pour mieux me cacher à moi-même mon envie d’être aguichée. Et sans penser une seconde - telle est prise… - qu’Élodie, qui à trente ans n’avoue qu’une demi-douzaine d’amants, avait peut-être éludé les amantes.
    
    Je pleure de plus belle. Je me déteste. Je n’ai rien anticipé. Rien contrôlé. Et au final, rien assumé.
    
    — C’est rien, me murmure Élodie. Ça va te faire du bien, de pleurer un bon coup.
    
    Je m’étrangle dans mes sanglots. Elle est encore là ? Pourquoi elle ne s’en va pas ? Pourquoi elle reste là à me voir souffrir ?
    
    Elle reprend à mi-voix:
    
    — Tu sais, ma grande, c’est ma faute, aussi. J’aurais dû y aller ...
    ... plus doucement. C’est pas facile la première fois, briser comme ça un tabou. Allez, ça va aller. Allez, s’il te plaît.
    
    Je relève la tête. Je cligne des paupières pour écarter les larmes qui continuent de couler, trop vaniteuse pour essuyer mes yeux. Élodie est accroupie devant moi. Elle a rattaché les boutons de son chemisier. Elle me tend la serviette jetable sur laquelle était posé son thé.
    
    — S’il te plaît.
    
    Je renifle un grand coup. Je prends la serviette tendue, m’essuie le visage, me mouche. Essaye de la regarder dans les yeux. Je ne peux pas.
    
    — Écoute, maintenant, y a deux solutions, reprend-elle doucement mais fermement. Si je pars maintenant, on perd chacune une amie. Alors, qu’est-ce que tu dirais d’aller t’habiller, et on fait un saut à la jardinerie d’à côté ? Tu m’as parlé de leurs rosiers anciens, il y a quinze jours.
    
    Mes yeux rencontrent les siens, les quittent, reviennent, repartent.
    
    — Allez, laisse-toi tenter, qu’est-ce que tu risques ?
    
    Rien. Alors que si je reste prostrée comme une idiote, elle partira pour ne plus revenir. Et moi pour ne pas la rappeler. Je me lève du sofa, de côté pour ne pas buter dans Élodie - et pour ne pas la regarder. Tout en me dirigeant vers l’escalier, je lui lance par dessus mon épaule :
    
    — Je vais passer un truc, tu veux bien débarrasser le thé ?
    — Bien sûr, je m’en occupe.
    
    Dix minutes plus tard, nous marchons d’un pas vif vers la jardinerie située au bout de ma rue. Il fait toujours frisquet, mais aucune de ...
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