1. En mémoire de Claudia


    Datte: 15/09/2020, Catégories: fh, forêt, amour, Voyeur / Exhib / Nudisme Oral pénétratio, historique, historiqu, Auteur: Jean-Marc Manenti

    Comme vous le savez, la pire chose qui puisse arriver à un écrivain, quelle que soit la nature de ses textes, c’est le manque d’inspiration. Ce soir-là, justement, Marcus était en proie à l’angoisse de la page blanche. Marcus, c’était le premier magistrat de Futzdorf, un joli petit village à la frontière de la Lorraine et de l’Alsace. Il était plus de minuit, et, en proie à l’insomnie, Monsieur le Maire faisait les cent pas dans son bureau. De temps à autre, il s’arrêtait devant la fenêtre pour admirer son fief.
    
    Bien que ce fut une nuit sans lune, il distinguait nettement les toits enneigés, le clocher de l’église luisant de gel. Çà et là, brillaient les globes de l’éclairage public. Marcus devait rédiger le discours qu’il allait prononcer dans quelques jours à la salle des fêtes, à l’occasion du repas de la nouvelle année organisé par la commune. Cette année, ce serait spécial, Marcus dévoilerait la nouvelle plaque commémorative du monument dédié aux résistants morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur l’ancienne plaque, il manquait une personne : Claudia. À l’évocation de ce nom, une boule noua sa gorge, des larmes mouillèrent ses joues. La jeune femme avait disparu lors de la dernière attaque qu’avaient menée les SS contre la Résistance locale, on ne l’avait jamais retrouvée. Elle n’avait que 19 ans ! Alors, tant d’années après, comme toutes les personnes portées disparues, par décision de justice, elle fut déclarée officiellement décédée.
    
    Marcus reprit place dans son fauteuil, se mit à tripoter son stylo, se releva, parcourut la pièce de long en large, décida brusquement de remettre une bûche dans la cheminée, puis se planta à nouveau devant la baie vitrée. C’est bien la première fois qu’il séchait devant une feuille blanche ! Pourtant il aurait dû être inspiré : l’année 1974 promettait d’être politiquement agitée.
    
    Marcus se lova une nouvelle fois dans son fauteuil et décida de replonger vers le passé. Peut-être y trouverait-il l’inspiration nécessaire à la rédaction de son allocution. Avec d’infinies précautions, il tira le tiroir du bas de son bureau et en sortit une boîte qu’il ouvrit lentement. Il saisit un pistolet, un Lüger calibre 8,8. Il se releva pour se placer sous le lustre, histoire de regarder encore une fois le métal briller sous la lumière. Il était toujours en parfait état. Et dire que les mains fines et douces de Claudia avaient tenu cette arme, avaient pressé la détente pour semer la mort.
    
    Ce Lüger avait appartenu à un officier SS d’un régiment de Panzer qui stationnait aux environs de Futzdorf. Marcus se souvenait fort bien du jour où, lors d’une embuscade, Claudia avait égorgé sans pitié ce militaire et s’était emparée de son pistolet et de sa mitraillette Schmeisser. D’ailleurs, la magnifique et si impétueuse Claudia dépouillait toujours ses victimes de leurs armes, chargeurs, grenades à manche, cigarettes et autres denrées qui manquaient cruellement dans le maquis alsacien. Puis, le douloureux souvenir du ...
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