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La vie duraille
Datte: 14/10/2026, Catégories: #drame, #nonérotique, Auteur: Briard, Source: Revebebe
Louis posa son stylo. Son dernier devoir était achevé et paré pour être envoyé au correcteur. Il se sentait enfin prêt. Un an, six jours par semaine qu’il révisait et préparait ce concours. Lui, le cheminot, le salarié de base, s’était donné les moyens de devenir cadre, le titre, le grade suprême. Issu d’une lignée d’ouvrier ayant, au mieux, quitté l’école avec un CAP en poche, il allait devenir l’élite de la famille. Bien sûr, il avait fait des sacrifices. Avec sa femme et ses enfants en premier lieu, ne leur consacrant que très peu de temps et encore, un seul jour par semaine, le dimanche. Tous les soirs, excepté ce jour-là, de huit heures à parfois plus de minuit, il s’isolait et travaillait sans relâche. Il s’était initié au droit administratif et à l’ensemble des règles définissant les droits et obligations de l’administration ; y avait découvert les fonctions et rôles de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publiques, mais aussi les innombrables arrêtés des différentes cours de justice. Il s’était initié au droit constitutionnel ; y avait découvert les normes et règles de droit qui déterminent l’organisation et le fonctionnement de l’État, mais aussi les institutions, le système normatif et les libertés fondamentales. Il s’était initié à l’économie ; y avait découvert les notions de production, de distribution et de consommation de richesses, ainsi que l’économie mixte, l’économie planifiée et l’économie de marché, la libre ...
... entreprise. Il s’était initié à la philosophie et, enfin, avait découvert l’analyse et le traitement de texte. Il avait rédigé et transmis à la correction cinq devoirs par semaine, participé à deux semaines de préparation à l’oral. Il se sentait prêt. Prêt à affronter cette adversité, si longtemps redoutée. La semaine prochaine, sur cinq jours, se dérouleraient les épreuves. Beaucoup s’étaient inscrits, peu seraient élus. Il voulait, il désirait plus que tout au monde, être de ceux-là. Bien sûr, les sacrifices qu’il avait consentis n’étaient pas sans conséquences sur sa famille. Sur ses enfants, à qui il avait manqué et qui le lui avaient avoué à plusieurs reprises. Sur sa femme, Gisèle, qui avait accepté avec de plus en plus de difficultés ses longues soirées, seule devant la télé. Leurs rapports s’étaient raréfiés, se limitant le plus souvent au strict minimum, c’est-à-dire des préliminaires bâclés et un coït assez peu satisfaisant. Elle lui avait avoué assez rapidement que pour, elle aussi, cette préparation du concours était un sacrifice. Ils en avaient souvent parlé le dimanche. De nombreuses fois, il s’était couché plus que trop tard et avait dormi « à l’hôtel du cul tourné ». Plus d’une fois aussi, ils s’étaient querellés, ce qui l’obligea à coucher dans la chambre d’amis. Mais ces fâcheries n’avaient jamais duré bien longtemps, surtout à partir du sixième mois où il lui sembla que son épouse en avait pris son parti. Le premier jour du concours arriva ...