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Laurette
Datte: 29/05/2026, Catégories: #théâtre, #psychologie, #initiation, caférestau, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
—Bon, Antoine, on a beaucoup parlé de votre divorce et de ces années noires que vous venez de passer. Nous avons parlé de votre enfance, de ces rapports difficiles avec votre père, ses exigences infinies. Mais moi, je sens autre chose derrière votre dépression, quelque chose que vous n’avez pas encore évoqué. Parlez-moi de votre vie entre, disons dix-huit ans parce que l’adolescence on en a déjà fait le tour et vingt-huit ans quand vous vous êtes marié si je ne me trompe pas. Qu’est-ce qui s’est passé pendant cette période ? — Eh bien, je ne sais pas, les études, quelques flirts. Vous me connaissez maintenant, vous savez que je n’étais pas très doué avec les filles, trop solitaire, trop timide, ça n’a jamais vraiment marché. Quoi dire ? Ah si ! Il faut que je vous parle de chez Laurette parce que ça a été un endroit important pour moi. —Un endroit ? — Oui, c’était un café. Mais l’histoire a commencé pendant les années lycée. Je n’en avais pas parlé jusque-là parce que je voulais noircir le tableau, je crois et j’avais besoin de me défouler en parlant de mon père. Mais pendant ces années-là j’avais un refuge, un lieu où je me sentais à ma place et c’était chez Laurette. Je ne sais pas si c’était le nom du café ou si on l’appelait juste comme ça parce que la patronne s’appelait Laurette. —C’est un joli prénom, Laurette. — Oui et c’était une belle personne, vraiment et je vais devoir vous en parler. Oh là ! Il y a plein de souvenirs qui remontent. Je n’ai pas pensé à ça ...
... depuis des années. On a du temps devant nous ? Parce que je crois que j’ai beaucoup de choses à dire, d’un seul coup. —Allez-y. On prendra le temps qu’il faudra et si on doit s’interrompre, je saurai vous relancer à la prochaine séance. — Donc, au lycée, je n’étais pas très malheureux. C’était comme un bol d’air frais après l’ambiance pesante à la maison, je n’y reviens pas. J’avais des amis. Nous étions toute une bande qui venions de la campagne, on se connaissait depuis la maternelle, on prenait le car ensemble, des garçons, des filles. L’ambiance était saine, je veux dire, c’était de la camaraderie, on fleurtait gentiment et je n’avais pas encore l’impression d’être un laissé pour compte. —Rassurez-moi : on n’a pas travaillé pour rien, vous savez que ce n’est qu’une impression que la maladie vous impose. — Je sais, oui. Mais à l’époque, je ne me posais même pas la question. Et donc, je reviens à mon récit, nous avions trouvé une espèce de QG, un café près du lycée, avec un petit jardin à l’arrière et ce café était tenu par Laurette, une femme géniale. Nous venions boire un café le matin avant les cours. Ceux qui avaient du mal en maths comme moi recopiaient les devoirs des matheux, je prêtais mes dissertes de philo. Le soir, on y passait un moment avant de reprendre le car, coca, machine à sous. Laurette nous avait réservé un box au fond de la salle. L’hiver, elle nous servait des chocolats chauds faits maison et l’été, des smoothies et des milkshakes délicieux qu’elle ...