1. Imbroglio


    Datte: 02/05/2026, Catégories: #policier, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    L’Ardèche… J’y étais bien. J’y flemmardais depuis plus de six mois.
    
    Entre lectures sous le platane et promenades avec le chien adopté à la SPA du coin, le temps s’écoulait lentement. Je retapais aussi la maison, qui avait besoin d’un petit coup de jeune, le gros œuvre par des artisans locaux, le reste par mes soins.
    
    J’appréciais d’autant plus, que la majeure partie de ma vie a été menée, jusqu’à présent, tambour battant. Prendre le temps, c’est un luxe finalement. Luxe que je m’accordais.
    
    Et puis il y avait Mathilde. Mathilde était libraire à Alès. C’est chez elle que je me fournissais en livres, détestant acheter ce genre de choses sur Internet. Il fallait que je touche, que je feuillète avant, que j’hésite et enfin que je fasse mon choix. Je détestais encore plus les liseuses numériques. Nous avons commencé par des discussions à bâtons rompus sur les auteurs ou sur les œuvres, généralement interrompues parce que Mathilde devait fermer sa boutique. Puis un soir, nous sommes allées dîner ensemble. Et ça s’est terminé dans le lit de Mathilde.
    
    Mais là, je n’étais plus en Ardèche. Je remontais l’autoroute A1 depuis Paris, vers Lille. En cette fin septembre, la douceur persistait. Je roulais donc tranquillement à un peu plus de deux cent kilomètre /heure dans la Jaguar F-Type que je m’étais offerte. Une petite folie à plus de cent mille euros, mais comme le disait fort justement Oscar Wilde, les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. Je l’utilisais ...
    ... peu, préférant en Ardèche une vieille Land Rover, plus adaptée au terrain accidenté et aux routes parfois à peine goudronnées. Et surtout, elle était beaucoup moins voyante que la Jag. Je testais donc le répondant de la belle auto sur cette autoroute du Nord, pourrie de poids lourds.
    
    Qu’est-ce que j’allais foutre à Lille, me direz-vous ? Eh bien, je traversais la France pour honorer un rendez-vous. Un rendez-vous que je trouvais ridicule, autant dans sa finalité que dans ses multiples complications. Un rendez-vous avec Samir !
    
    Je me demandais si j’allais doubler la Porsche immatriculée en Belgique qui m’avait dépassée un moment plus tôt, puis trouvant ça ridicule, j’y renonçais et retombais à cent-soixante kilomètres heure.
    
    — Je ne peux pas t’expliquer ça au téléphone, tu comprends, m’avait dit Samir deux jours auparavant.
    
    Non, je ne comprenais pas. Ce que je comprenais bien par contre, c’est que je n’avais pas envie de bouger, mais alors vraiment pas. Il avait dit ensuite qu’il comprenait bien que je n’avais pas envie de bouger (tout était problème de compréhension et de non-compréhension entre Samir et moi), mais que par amitié pour lui, je pouvais peut-être me taper la route jusqu’à Lille.
    
    Amitié pour lui ? Euh… non. Samir, je le payais pour me servir de boîte aux lettres et de contact. Samir était un charmant garçon, mais à mon avis, il a trop vu de films de gangsters. Je le payais suffisamment cher en plus. Donc de l’amitié pour Samir, je n’en étais pas ...
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