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La médium
Datte: 01/04/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Philus, Source: Hds
Sa vie s’était arrêtée là. La vie de Charles Lampron s’était arrêtée le matin de ce coup de sonnette plus long qu’il n’est d’usage, plus impératif, plus inquiétant aussi. Porte entrebâillée, deux uniformes bleus sur le perron, un homme et une femme. Les grades ? Il n’en savait rien et s’en moquait. L’homme, un grand gaillard à la mâchoire carrée, lui demanda : — Bonjour monsieur, vous êtes bien Charles Lampron ? Une étoupe dans sa gorge soudain asséchée, Charles ne put que hocher la tête. — Hélène Lampron est bien votre épouse ? poursuivit le gendarme. Silence pesant pouvant passer pour un acquiescement. — Votre femme a été victime d’une agression. Pouvons-nous entrer ? Sidéré, toujours muet, il ouvrit la porte en grand et conduisit les deux représentants de la Loi jusqu’au salon. Il s’installa dans un fauteuil vétuste et désigna le canapé de son bras tendu. Les deux gendarmes s’y assirent du bout des fesses, le képi sur les genoux. — Agressée ? Comment ça ? réussit-il à articuler. — Oui monsieur. Un inconnu l’a assaillie, lui a arraché son sac et lui a donné plusieurs coups de couteau. Il a été arrêté peu après. Charles passa sa main, doigts écartés, dans ses cheveux bruns. Son visage fin, juste ombré par une barbe naissante, était décomposé. Un gouffre dans l’estomac, le cœur battant, les lèvres tremblotantes, il posa la question qui le taraudait. — C’est grave ? Dans quel hôpital a-t-elle été emmenée ? Les deux gendarmes ...
... s’entreregardèrent, sans doute pour décider de qui allait parler. La gendarmette, une brunette plutôt jolie, se pencha en avant et toucha doucement le genou de Charles du bout des doigts. — Votre femme est décédée avant même l’arrivée des secours. Son corps est à l’I.M.L.(1) pour autopsie, mais il vous sera rendu pour les obsèques avant la fin de la semaine. Nous sommes désolés et vous présentons toutes nos condoléances. *-* Charles et Hélène Lampron étaient âgés de vingt-quatre et vingt-trois ans lorsqu’ils ont acheté ce petit cottage à Brinville, à une dizaine de kilomètres de Caen. Son toit de chaume et ses quelques centaines de mètres carrés de terrain perdus au milieu du bocage normand les avaient enchantés tous les deux. Six mois se sont écoulés depuis le drame et, du projet de la maisonnette tout confort, de la chambre de leur premier enfant prévu pour l’année suivante et du jardinet fleuri, il ne restait plus rien. La maison se trouvait en désordre permanent, le ménage rarement fait et le jardin revenu à l’état sauvage. Charles ne se lavait que tous les trois jours et des bouteilles de whisky vides décoraient un certain nombre de coins de meuble. Des idées noires assaillaient le jeune homme et, en douceur, il se laissait glisser vers la seule solution qui eut grâce à ses yeux : retrouver Hélène dans la mort. La situation aurait bien pu se terminer ainsi sans l’intervention d’un couple d’amis que Charles et Hélène fréquentaient régulièrement. Charles s’était associé avec ...