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Le livre de Thibault Ep. 0103 Amitié et sensualité.
Datte: 31/03/2026, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... planait déjà au-dessus des verres et des déconnades. Bien sûr, tout le monde était heureux d’avoir gagné. Et de se retrouver chez le coach pour fêter ça, tous ensemble, troisième mi-temps digne d’une victoire de tournoi toulousain. Difficile pourtant d’oublier, même en cette soirée de liesse, que dès la rentrée, l’équipe qui avait remporté cette victoire perdrait plusieurs de ses joueurs. Et, avec eux, une partie de son âme. Il y avait les départs annoncés. Quentin et Illan, pilier et talonneur. Le premier trop pris par son taf et par sa meuf, le deuxième trop abîmé par une mauvaise blessure au genou. Thierry partait faire ses études à Paris. Thomas partait travailler au pays Basque. Quant à Jé, lui c’était la grande inconnue. Longtemps, tu avais espéré que l’un des mecs du Stade Toulousain, souvent présents aux matchs, remarquerait les exploits de ton pote, lui proposant d’intégrer les Reichel. Tu étais persuadé qu’il le méritait vraiment. Tu pensais que ce genre de reconnaissance et de consécration lui ferait le plus grand bien, en ce moment de doute et de changement. En plus de lui ouvrir très probablement les portes d’une belle carrière pro. Mais le tournoi était fini et personne ne s’était manifesté. Alors, tout en faisant la fête chez l’entraîneur, chacun savait qu’à la rentrée, l’équipe ne serait plus la même. Certes, il y avait les nouveaux. Et avec eux, de nouvelles amitiés à sceller, de nouvelles histoires de rugby à écrire. Mais le fait de ...
... perdre quasiment tous les joueurs les plus emblématiques de l’équipe, juste après cette belle victoire, était difficile à digérer. Tout le monde faisait la fête pour oublier que cette victoire, cette soirée étaient à la fois l’aboutissement d’un rêve partagé, d’un effort d’équipe, mais également la fin d’une époque. Une page se tournait. Et cette soirée serait probablement la dernière où cette équipe gagnante serait réunie. Alors ils avaient bu et rigolé, beaucoup bu et beaucoup rigolé, parcouru les souvenirs communs. Comme quand on sait qu’on doit se dire adieu et qu’on veut retenir le temps. Tout le monde ressentait cela, et toi même un peu plus que les autres. Car, avec le départ probable de ton Jé à la rentrée, tu savais que tu ne perdais pas qu’un simple coéquipier, mais ce pote qui a été presque ton frère. Ce pote que tu connais si bien et dont tu ressens toutes les émotions – le bonheur, la tristesse, le doute, les blessures – comme si c’étaient les tiennes. Lorsque ton Jé marquait un but, tu ressentais sa joie comme si c’était la tienne. Lorsqu’il était inquiet, triste ou déçu, tu ressentais en lui la même inquiétude, la même tristesse, la même déception. Ta connexion avec ton Jé était totale. Ça va beaucoup, beaucoup, beaucoup te manquer de ne plus partager le rugby avec lui. La soirée s’était étirée tard dans la nuit, et Jé avait bu et fumé bien plus que de raison. Et toi, fidèle au poste de meilleur pote, tu avais insisté pour prendre le volant et le ...