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Cœur de feu
Datte: 18/03/2026, Catégories: #chronique, #nonérotique, #aventure, #merveilleux, #initiatique, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... grandissait aux marges du village, seule et effacée, s’efforçant à rester invisible. Dans la peur et le mépris. Ici, tout le monde le savait : on n’élève pas une enfant maudite. On attend qu’elle parte. Ou qu’elle s’éteigne d’elle-même. Et les enfants, sous le regard complaisant des adultes, faisaient tout pour hâter ce moment. Mais elle tenait… grâce à cette force qui, à chaque coup, grandissait en elle. Sourdement. Inexorablement. Quelque chose de plus ancestral que leur haine. De plus vaste que leur monde. Quelque chose… qui, au moindre souffle, pourrait s’embraser. Plus brûlant que le châtiment. Plus ardent que la vengeance. La fille de feu Le métal rougeoyait sur l’enclume, façonné à grands coups secs, cœur de la nuée d’étincelles qui jaillissait dans l’air. Tanwen tenait la pince d’une main, le marteau de l’autre, les épaules trempées de sueur, les bras tétanisés par l’effort. Chaque frappe résonnait dans sa poitrine comme un battement ancien, un écho venu de la nuit des temps, celui des forges primordiales. Le feu ne lui faisait plus peur. Il lui obéissait. Enfin… presque. — Garde ton poignet souple, dit le forgeron sans lever les yeux. Elle grogna quelque chose, entre respect et agacement, et ajusta son geste. Le son changea : plus clair, plus franc. Il l’observa en silence. — Tu tapes comme un homme, Tanwen. — Parce qu’on ne m’a jamais donné l’occasion d’être une fille. Il eut un mince sourire. Pas moqueur… mélancolique. Elle avait ...
... grandi trop vite. Rejetée. Harcelée. Elle avait fait face comme une bête traquée. Il l’avait recueillie à sept ans, peu après la mort de la chamane. Elle était alors sauvage, farouche, les yeux pleins de nuit et de colère. Il avait mis des mois à l’approcher, autant à l’apprivoiser. Puis il lui avait tout appris : se battre, manier les armes, forger et apprivoiser le feu. Désormais, elle martelait l’acier comme une guerrière. — T’as toujours la même fougue, grogna-t-il. Mais tu commences à la canaliser. — J’essaie, répondit-elle. Mais l’envie de frapper est toujours là. Elle posa le marteau et souffla sur une mèche collée à son front. — Tu sais qu’ils me détestent toujours, hein ? — Les idiots ont la mémoire longue. Et la peur tenace. Elle hocha la tête. Après un silence : — Tu crois vraiment que je suis… différente ? — Bien sûr que tu l’es. Elle se figea. Puis, d’un geste brusque, plongea la lame rougie dans le baquet. Un grand sifflement éclata. Mais quand elle la ressortit, la trempe était incomplète : des veines rougeâtres couraient encore sur le fer telles de fines coulées de lave. L’eau froide n’y changeait rien : le feu, son feu, persistait. Envers et contre tout. Comme si sa malédiction s’accrochait à elle. Lui collait à la peau. Le forgeron devina ses pensées. — Trop tôt, dit-il doucement. Tu dois sentir le moment. Pas le deviner. Pas l’imposer. Tanwen serra les dents. Elle détestait ne pas être à la hauteur, surtout devant lui. — J’ai ...