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Tourbillons
Datte: 11/03/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Pessac, Source: Hds
Le monde de Thelma tenait dans le viseur de son vieil appareil photo argentique. Chaque cliché était un fragment d'elle-même, un instant de lumière capturé avant qu'il ne s'échappe. Elle aimait les contrastes, la douceur d'une aube sur la baie, l'éclat d'un rire, mais aussi les ombres profondes. C'est peut-être pour cela qu'elle était fascinée par Josh. Josh n'était pas une ombre, mais une tempête. Il était la beauté incarnée, avec ses cheveux noirs en bataille et ses yeux bleus vifs qui semblaient contenir toute la mer. Thelma avait rencontré Josh lors d'une séance photo improvisée sur la plage. Il était l'objet de son art, mais aussi l'objet de son adoration. Il lui parlait peu, mais chaque mot était un ordre, chaque regard une permission. Il la traitait avec brutalité, avec une négligence lointaine qui la laissait toujours en quête e son approbation. Le son du klaxon de la vieille voiture de Josh était la bande-son de la vie de Thelma. Trois coups secs, impatients, qui annonçaient son arrivée et le début de tout. De la fête, des rires, des disputes, des moments où le monde se rétrécissait à lui seul. Thelma ajusta son débardeur noir dans le miroir de son entrée, un sourire fébrile sur les lèvres. À vingt ans, elle était une mosaïque de contradictions : forte et pourtant vulnérable, désireuse de liberté et enchaînée à un amour toxique. Elle se répétait le conseil que lui avait donné et maintes fois répété sa mère, toujours la même phrase : « Un homme qui t'aime ...
... n'est pas censé te faire sentir petite. » Mais Thelma ne se sentait pas petite, elle se sentait vivante. Les montagnes russes d'émotions qu'elle vivait avec Josh étaient, à ses yeux, la preuve d'une passion authentique. Elle attrapa sa veste et se précipita dehors, laissant derrière elle le calme suffocant du pavillon. Josh était adossé à la carrosserie délavée, ses cheveux noirs et bouclés tombant sur ses yeux d'un vert changeant. Il ne la regarda pas tout de suite, occupé à pianoter sur son téléphone, affichant un air d'indifférence qui la faisait bouillonner. Elle aimait l'effort qu'il fallait pour obtenir son attention, ce jeu de pouvoir qu'elle perdait souvent. Elle aimait le sentiment de victoire, aussi rare soit-il, quand il posait enfin ses yeux sur elle et que ce regard était, pour une brève seconde, plein de chaleur. — Bon, Thelma, on y va ? J'ai pas toute la soirée, lança-t-il sur un ton dur qui lui fit mal mais qu'elle ignora. C'était sa façon à lui d'affirmer son emprise. Un simple ordre qui effaçait la Thelma d'avant, la Thelma pleine d'espoir. — Je suis là, répondit-elle, sa voix plus douce qu'elle ne l'aurait voulu, une tentative futile de calmer la tempête à venir. Au coin de la rue, à peine visible dans l'ombre d'un réverbère, un autre garçon la regardait partir. Thelma l'avait déjà remarqué à la bibliothèque municipale : Frédéric. Il portait toujours les mêmes pulls simples, des lunettes un peu trop grandes et avait une façon de tenir ses ...