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Erotisme et cinéma (15) : Elisa et Marcela, d’Isabel Coxet (2019)
Datte: 01/02/2025, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Olga T, Source: Hds
... blasphème, travestissement, ou encore falsification de documents, ainsi que vingt ans de prison si elles sont livrées à l’Espagne. Tentant de plaider à nouveau l’hermaphrodisme, Elisa se rendra rapidement compte qu’elle n’a pas d’intérêt à lui mentir si elle veut retourner auprès de sa femme, déjà à un stade très avancé dans sa grossesse. Marcela mettra au monde une petite fille, prénommée Ana, avec l’aide de Flor, l’infirmière de la prison. Apprenant cela, le Gouverneur Oporto décidera de les gracier, ne manquant pas l’occasion d’énerver les Espagnols au passage. En raison des conditions difficiles de vie au sein de la prison, et de l’humidité, le bébé attrapera une pneumonie ; Flor l’emmènera chez elle, avec Marcela. Après un moment de panique dans le couple, la fièvre finira par tomber, épargnant Ana. À la suite de cela, Alcaide annoncera leur remise en liberté à Elisa, De retour en prison afin de préparer ses affaires, le couple s’inquiètera du regard des gens, de sa célébrité, et des accusations pesant toujours contre lui en Espagne. Marcela se retrouvera alors confrontée à un dilemme cornélien : abandonner son bébé, comme elle l’a été, ou rester avec Ana au Portugal, et laisser Elisa fuir en Argentine. Elle prendra la décision de suivre sa femme, en laissant son enfant à un couple aisé qui saura prendre soin de lui : Flor et Alcaide. Le long-métrage se termine sur un rappel, la légalisation du mariage gay en Espagne en 2005. À la sortie du film, ...
... l’homosexualité était considérée comme légale dans seulement vingt-cinq pays du monde. Dans soixante-douze pays, elle était pénalisée, dont treize par la peine de mort. Le mariage d’Elisa et Marcela, bien que considéré comme illégal, n’aura jamais été annulé par le pays. COMMENTAIRES Un film sensuel… délicieusement sensuel porté par un travail sur la photographie d’une grâce exquise. Les scènes d’amour lesbien sont magnifiques, la scène des retrouvailles des deux jeunes femmes étant certainement une des plus belles scènes d’amour lesbien qu’il m’ait été donné de voir. La caméra se fait complice du jeu des regards, de la délicatesse des gestes. Les corps nus sont exposés avec une impudique pudeur, les peaux caressées par les ombres mises en lumière par le choix de plans serrés. Toute la première partie du film, dédiée au rapprochement entre les deux jeunes filles, n'a pour but que d’introduire la « passion » naissante entre les deux femmes. La seconde partie du film (débutant 3 ans et demi après la première), plus dramatique, plonge les deux "amies" dans le harcèlement dû à leur condition d’homosexuelles bien décidée à vivre la passion que le clergé, la société et leurs parents, leur ont interdit. Si l’ensemble dénonce la persécution des homosexuels au début du XXe siècle en Espagne, puis au Portugal, s’il pose de bonnes questions sur l’union entre personnes de même sexe ou l’homoparentalité, les deux héroïnes restent des images iconiques. C’est un récit criant de vérité, ...