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Le dolmen
Datte: 05/09/2024, Catégories: A dormir debout, Auteur: Philus, Source: Hds
... sa valise et de son sac pour traverser le quai en courant et s’engouffrer dans le bar. Comme tous les samedis soir il était particulièrement bruyant, aussi jugea-t-elle préférable de s’installer à une table isolée en prenant soin de poser son bagage à côté d’elle et son manteau sur la chaise en face. Elle secoua sa chevelure fournie puis se contempla dans un miroir issu de son sac. Le patron du bar actionna un interrupteur et une lumière chaude éclaira le visage de la nouvelle venue. C’était une jolie femme d’une trentaine d’années. Ses cheveux roux, épais et bouclés, lui arrivaient dans le milieu du dos. Sa peau d’un blanc laiteux tranchait avec ses habits noirs et ses yeux vairons, bleu azuréen à droite et vert de jade à gauche. D’une taille moyenne, mais élancée, elle se déplaçait avec grâce et savait fusiller du regard tout homme qui aurait émis envers elle une remarque jugée inconvenante. Le patron du bar, jovial, vint à sa table :— Bonjour, Madame, fichu temps! Hein? Que puis-je vous servir? — Tout d’abord, avez-vous une chambre s’il vous plait? — Il m’en reste une qui donne sur le quai. Mais je vous rassure, la nuit Plébeurdec n’est pas très bruyante…— D’accord, je la prends. Comme il est l’heure de diner, vous m’apporterez le menu du jour et une carafe d’eau, je vous prie. — C’est parti! répondit l’homme en opérant un demi-tour sur place. Assis à une table devant une pinte de bière, quatre individus devisaient entre eux en jouant aux cartes. Le bruit des ...
... conversations ambiantes les autorisait à ne pas être trop discrets, aussi les discussions allaient bon train sur la nouvelle arrivée. — Putain la nana! fit Edmond, un homme trapu et bedonnant, à la chevelure épaisse et grise comme sa blouse. — Ouais, sacré canon! répliqua Simon, son voisin de gauche, la quarantaine, les cheveux bruns, mais rasés pour masquer une calvitie plus que naissante. — Je n’ose pas la regarder, se plaignit Jean, surnommé Jeannot, jeune homme élégant employé dans une boutique d’habillement de Plébeurdec et qui faisait face à Simon. John, le quatrième larron tournait le dos à la personne dont il était question et n’en disait rien. Anglais de Falmouth, il travaillait depuis une quinzaine d’années dans la marine marchande française et jouissait actuellement de ses congés. Colosse blond au visage poupin, il aimait la bière bien plus que de raison et déjà sa vue ne portait plus assez loin pour apprécier ou non la nouvelle venue. Peu lui importait d’ailleurs pourvu que son verre fût plein, car à choisir il préférait nettement savourer une nouvelle bière plutôt qu’une nouvelle femme. Quand le patron eut servi sa cliente, celle-ci lui demanda :— Dites Monsieur, mon taxi m’a lâchée devant chez vous et ne m’a pas emmenée là où je voulais. Est-ce que quelqu’un pourrait me conduire demain au manoir de Kerrignan? Bien sûr, je dédommagerais la personne. À ces mots, l’homme se signa. La femme sourit :— Je vois que l’on est toujours aussi superstitieux ...