1. La clé


    Datte: 01/07/2024, Catégories: fh, dispute, nonéro, rupture, suspense, Auteur: Anaclem, Source: Revebebe

    Rita n’avait pas eu le temps de sentir le bébé grandir en elle. Il était parti avant. Elle avait juste eu les seins qui commençaient à durcir, les nausées et la fatigue des premiers mois. D’un coup, plus rien dans le ventre, le vide. Rita comprit ce que cela signifiait dans un corps en évolution. À qui le dire ? Qui comprendrait cette sensation ? Le père était parti. Elle n’avait pas osé le prévenir de peur qu’il ne revienne seulement pour l’enfant, et non pour elle.
    
    Aujourd’hui encore moins, il la rendrait sûrement coupable de ce qu’elle n’avait pas voulu. Cet enfant non plus elle ne le voulait pas mais il était venu et elle s’était faite à cette idée. Elle se demandait même comment elle allait s’organiser à sa naissance. Seule.
    
    Pour elle, un enfant sans père n’était pas un enfant heureux. Pourtant, là aussi, elle s’était faite à l’idée. Elle lui apporterait tout, elle l’aimerait pour deux. Elle avait un but, un prolongement d’elle-même qui allait lui permettre de se construire, de vivre pour lui et pour elle. Elle commençait à l’aimer lorsqu’elle sentit son entrecuisse humide. Du sang, mal au ventre. Pas besoin de mot pour comprendre que la nature en avait décidé autrement.
    
    Le médecin lui a confirmé ce qu’elle savait déjà. Il la réconforta en lui disant qu’elle avait le temps d’en avoir un autre, qu’il fallait qu’elle fasse le deuil. Mais comment faire le deuil sur du vide, quand on n’a aucune image ? Seulement les transformations d’un corps et des projections sur ...
    ... l’avenir.
    
    Rita commença alors à haïr l’homme responsable de ce vide. Lorsqu’il était revenu, penaud, en s’excusant de ses écarts, la haine était telle qu’elle ne supportait plus sa présence, ne supportait plus le poids du silence. Parfois, lorsqu’il la regardait, qu’il essayait de reproduire les gestes tendres du passé, elle avait envie de lui crier sa haine au visage.
    
    Un matin au réveil, après avoir refusé pour la énième fois qu’il la touche, elle lui cracha la vérité au visage et le culpabilisa en lui disant que s’il n’était pas parti pour suivre sa blonde, le bébé serait là, avec eux.
    
    Il sortit prendre l’air et la laissa en larmes dans leur chambre. Paul était abasourdi, il avait pensé qu’elle lui en voulait pour sa conduite mais il avait été loin d’imaginer ce qu’elle venait de lui dire. Comment avait-il pu être aveugle à ce point ? Il était vrai qu’il était parti un peu plus de cinq mois, pourquoi n’avait-elle pas appelé pour lui dire ? C’était lui le père après tout. Il commençait à ruminer tout seul, à la traiter d’inconsciente, d’égoïste. Une rage sourde et aveugle le gagnait. Ce soir, ils allaient parler, remettre les choses à plat et prendre un nouveau départ. Des gosses, il en voulait, donc…
    
    À son retour à l’appartement, ses affaires étaient sur le palier. Il entra dans l’appartement mais il était vide. Il appela sa meilleure amie pour lui demander conseil mais Florence lui dit de respecter cette décision, de partir et d’attendre que Rita fasse un deuil ...
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