1. 12 rouge, manque et perd.


    Datte: 28/05/2024, Catégories: fh, hotel, confession, portrait, policier, Auteur: Jimmychou, Source: Revebebe

    Je me souviens parfaitement de la première fois où j’ai accompagné mon grand-père, fervent amateur de courses hippiques, à son bar PMU préféré.
    
    — Ça te dirait de faire un tiercé avec moi ? m’avait-il simplement demandé alors que nous prenions ensemble le petit déjeuner dominical.
    
    Cet événement avait eu lieu pendant les vacances d’été, à l’époque où je passais la majeure partie de mes congés sur la Côte d’Azur dans la petite maison de mes grands-parents.
    
    Et, veine du débutant oblige, le dimanche suivant, en m’inspirant des rubriques spécialisées de la presse locale, j’avais misé sur trois des favoris qui, une fois n’est pas coutume, avaient respecté les pronostics en franchissant la ligne d’arrivée.
    
    Évidemment, les gains associés à ce ticket un peu trop évident n’avaient rien de faramineux, mais lorsque mon grand-père m’avait tendu la petite liasse de billets de cinquante francs correspondant à la somme remportée par les parieurs les plus perspicaces, je ne le savais pas encore, mais je venais de mettre les doigts dans un engrenage qui ne cessa jamais de tourner et de m’emmener toujours plus loin dans la déchéance.
    
    Ces effigies de Quentin de la tour, les premières dont je fus provisoirement détenteur, constituèrent in fine le premier fix qui m’envoya dans un nuage frelaté dont j’espère enfin redescendre aujourd’hui.
    
    Inutile de dire que j’ai payé cher cette addiction qui ne m’a valu qu’une succession de désillusions, malheureusement entrecoupée de trips ...
    ... aussi puissants qu’éphémères.
    
    Il est évidemment bien trop tard pour regretter mon bref mariage avec une femme douce et aimante que j’ai rapidement écœurée à force de parties de cartes nocturnes et de compte en banque perpétuellement dans le rouge.
    
    Mais puisqu’il faut néanmoins trouver une justification à un comportement aussi pathétique, je ne me priverai pas d’évoquer le plaisir incomparable lié à la montée d’adrénaline lorsque la bille tournoie à toute vitesse autour du plateau de roulette avant de s’arrêter sur votre numéro fétiche. Ni celui survenant lorsque le banquier de la table de black-jack dépose l’as de pique sur votre valet noir, sans oublier la sécrétion d’endorphines aux effets orgasmiques provoquée par la suite royale que vous dévoilez, le visage impassible, à la fin d’un tour de poker.
    
    Il est bien difficile de décrire avec de simples mots ces moments de grâce que j’ai éprouvés lorsque, durant un bref instant, a pétillé le regard d’une femme d’ordinaire inaccessible qui, gagnée par un sentiment triomphal contagieux, remisa provisoirement son air légèrement dédaigneux, me laissant ainsi augurer la perspective imminente d’étreintes inoubliables.
    
    Je dois avouer qu’avec mes faux airs de Maurice Ronet et mon regard emprunté à Paul Newman, je possédais, au crépuscule de ma jeunesse, certains atouts physiques qui ont pu me valoir quelques occasions de fêter chaleureusement une partie à l’issue chanceuse, mais aussi l’opportunité d’amener quelques rombières en ...
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