1. Éternité


    Datte: 21/03/2024, Catégories: fh, hagé, fagée, couple, amour, caresses, pénétratio, confession, mélo, portrait, Auteur: Mlle Fanchette, Source: Revebebe

    Une main menue appuyée sur le bois patiné d’un vieux buffet de campagne, elle regarde les photos. Toute sa vie est là, toute sa famille : les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants. Ils sont tous là en plusieurs exemplaires et elle les contemple en silence, un sourire serein illuminant son visage parcheminé.
    
    — Tu viens te coucher, ma Toinette ?
    — J’arrive mon Jeannot, une minute.
    
    Il apparaît dans l’encadrement de la porte et la rejoint à petits pas.
    
    — Qu’est-ce que tu fais, ma Toinette ?
    — On a eu une belle vie quand même, hein…
    
    Il hoche la tête en lui adressant l’un de ses sourires qu’il ne garde que pour elle, en venant se poster derrière elle pour embrasser du regard les clichés. Avec une caresse tendre, il vient poser sa grosse main calleuse de travailleur du bois sur la frêle épaule de sa dentellière d’épouse. Elle se blottit contre lui, à cette place qui a toujours été la sienne.
    
    Elle s’amuse de leur photo de mariage.
    
    — Il y a bien longtemps que je n’ai plus cette jolie silhouette… et dire que je m’en plaignais !
    
    Il rit doucement avant de répondre :
    
    — Je n’ai plus vingt ans non plus, j’ai perdu ma fière allure et les pectoraux si forts que tu aimais tant… Mais tu sais, Antoinette, je crois qu’à l’époque, je t’aimais moins bien et moins fort que maintenant.
    
    Elle sourit et se tourne pour poser un baiser tendrement tremblotant sur la joue fraîche et ridée de son homme. Ensemble, ils se détournent et, bras dessus, bras dessous, ...
    ... l’une appuyée sur sa canne, l’autre sur le mur, ils regagnent à petits pas prudents leur chambre. Comme chaque soir, il lui enlève délicatement sa robe de chambre un peu élimée pour l’accrocher à la patère derrière la porte. Il se déshabille à son tour et accroche la sienne juste à côté, avant de rejoindre le robuste lit qu’il a lui-même fabriqué pour elle, voilà bien longtemps. Elle tapote les oreillers à la fragile lumière d’une antique lampe de chevet au charme vieillot.
    
    Il se glisse près d’elle dans les draps de flanelle à qui l’usure a donné une douceur particulière. Sans même y penser, elle lisse les broderies qu’elle a patiemment cousues, un point après l’autre du temps où ses yeux le lui permettaient. Leurs os craquent tandis qu’ils s’installent confortablement, lui, sur le dos et elle, blottie contre son torse, la tête coiffée de neige vaporeuse nichée au creux du bras de son amoureux. Pensive, elle effleure distraitement la solide chemise de coton blanc pendant qu’il lui caresse lentement les épaules.
    
    Un rire tremblotant la secoue soudain :
    
    — Tu te souviens de cette Saint-Jean, mon Jeannot ?
    
    Il ferme les paupières en poussant un grognement inarticulé.
    
    — Tu veux dire LA Saint-Jean ? Comment pourrai-je l’oublier, ma Toinette ? Tu étais si jolie… et moi je n’étais qu’un gros nigaud !
    
    Elle appuie un peu plus la tête en égrainant un nouveau petit rire tendre. Sous les antiques fleurs du drap, leurs doigts se cherchent et se trouvent de caresses tendres ...
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