1. 0322 Le parcours accidenté du beau brun aux béquilles.


    Datte: 10/02/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... mal, les assurances ne nous couvriraient pas.
    
    — Mais on s’en fout des assurances ! Je m’emporte.
    
    — Non, on ne s’en fout pas. Cette deuxième opération est très risquée, plus que la première. Le résultat est incertain. Si on se rate sur un sportif de cette valeur, le club va nous tomber dessus avec ses avocats.
    
    En entendant le chirurgien parler d’assurances, d’avocats, de « sportif de cette valeur », ça me donne envie de gerber.
    
    — Mais putain, quand je vous écoute parler, j’ai l’impression de vous entendre discuter d’une putain de bagnole accidentée et non pas d’un garçon blessé qu’il faut soigner au mieux.
    
    — Je sais, c’est triste. Mais j’ai des comptes à rendre, et il en va de la réputation du Centre.
    
    — Et qui va l’opérer, alors ?
    
    — Le chirurgien parisien qui a effectué la première opération, j’imagine. Nous sommes en train d’organiser le rapatriement à Paris en urgence. Il faut l’opérer au plus vite si on veut avoir une chance que ça marche.
    
    — Et quelles sont les chances que cette nouvelle opération marche ?
    
    — Je ne peux pas me prononcer officiellement. Mais, entre nous, elles sont très minces.
    
    Ce que je viens d’entendre me déchire les tripes, c’est un coup de massue qui m’assomme. Le staff du Stade a été averti du nouvel accident de Jérém. Mais, en attendant de pouvoir aller le voir, la triste tâche de l’annoncer aux proches m’incombe.
    
    J’appelle Maxime, Thibault, Ulysse, Papa. Ils sont tous tout autant dépités que moi.
    
    En début de ...
    ... soirée, je peux enfin voir Jérém. Il est allongé sur le lit, le regard perdu. Il a l’air complétement défait. J’appréhende son humeur, son état d’esprit. Je sais qu’après ce nouvel accident il a reperdu tout espoir. Et je sais qu’il a besoin d’en retrouver au plus vite. Mais je sais aussi qu’essayer de lui redonner espoir sans me faire jeter, ça va être un sacré numéro d’équilibriste.
    
    — Salut, je lui lance timidement.
    
    — Salut, il me répond machinalement, sans presque me regarder.
    
    Le ton de sa voix est bas, froid, dépourvu de toute émotion. Jérém a l’air vidé, éteint. J’hésite, je cherche les bons mots à utiliser pour savoir comment il va, sans pour autant lui donner l’occasion de me balancer l’évidence à la figure et de me faire jeter. Mais je n’ai pas besoin de chercher bien longtemps.
    
    — Je suis foutu, cette fois-ci je suis vraiment foutu ! il me balance, en larmes.
    
    — Ne dis pas ça. Ils vont t’opérer à nouveau, et cette fois-ci, ça va marcher, je tente de lui apporter du positif, tout en m’approchant pour le prendre dans mes bras.
    
    Mais je sens qu’il n’est pas d’humeur. Je le sens à fleur de peau, et j’ai peur qu’il me jette au premier contact.
    
    — Je ne me ferai pas charcuter à nouveau ! il rugit.
    
    — Et tu vas faire comment pour récupérer ?
    
    — Je vais rester comme ça.
    
    — Mais tu seras diminué, et tu ne pourras plus jouer.
    
    — Le rugby c’est fini pour moi. De toute façon, je l’ai su au moment même où le mec m’a percuté pendant le match.
    
    — Mais la ...